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Sarawak: arrêtons de faire affaire avec Taib!

Il devient de plus en plus évident que la Malaisie bat des records mondiaux de corruption, et cela suscite des interrogations chez les multinationales qui mettent en jeu leur réputation lorsqu’elles traitent avec des personnages comme Abdul Taib Mahmud, ministre en chef du gouvernement de Sarawak.

Par exemple, le DAP (parti d’opposition, à dominante chinoise, ndlr) a une fois de plus attiré l’attention sur le « trou béant » dans les comptes publics publiés dernièrement par le Sarawak.
Ce « trou noir » correspond à 11 milliards de Ringgits (environ 2,7 milliards d’euros) de fonds publics qui ont disparu sans explication, soit 50% du budget total du Sarawak sur les 8 dernières années. Pourquoi Abdul Taib Mahmud, qui occupe à la fois les fonctions de secrétaire des Finances et de chef du gouvernement du Sarawak, est-il incapable d’expliquer où tout cet argent est allé?

Il y a encore deux ans, le montant de ces dépenses inexpliquées se montait à 4,6 milliards de ringgits (environ 1 milliard d’euros), soit moins de la moitié de la somme actuelle: mais que peut bien faire Taib de cet argent, et quand cette hémorragie va-t-elle s’arrêter ?

Comme l’a souligné le DAP, Taib aurait dissimulé ces 11 milliards derrière une catégorie de budget plus que mystérieuse dénommée « Contributions du gouvernement aux Agences agréées de fonds de garantie des dommages » (Government contributions towards Approved Agencies Torts fund). On ne sait pas ce que sont ces agences, ce qu’elles font, et qui les a « agréées ». Sûrement pas le parlement de l’Etat du Sarawak.

Rio Tinto Alcan, Hydro Tasmania, HSBC, Deutsche Bank, Ernst&Young…

La question est de savoir pourquoi certaines multinationales qui ont des actionnaires et des réputations à protéger continuent-elle de faire des affaires avec Taib, en dépit de ce Budget de l’Etat du Sarawak si peu recommandable? Cette affaire fait de plus en plus de remous à l’extérieur du Sarawak, dans les cercles internationaux, et devient un réel sujet d’inquiétude.

La liste des sociétés étrangères toujours désireuses de faire affaire avec Taib et ses entreprises est longue, mais la cote de confiance commence à s’effilocher à force d’exposition. Et fort heureusement, les règles qui empêchent de profiter des bénéfices issus de la corruption se sont resserrées.
Plusieurs sociétés ont été tentées de travailler avec SCORE (Corridor of Renewable Energy – projet lancé en 2008 par Taib, qui a pour objectif de construire douze nouveaux barrages, malgré l’opposition des populations autochtones, ndlr) et de signer des contrats pour la construction des grands projets de barrages de Taib, mais désormais plusieurs d’entre elles y repensent à deux fois.

Rio Tinto Alcan s’est retiré en Mars après que nous avons dévoilé leur projet d’investir 2 milliards de dollars dans SALCO, une société détenue par les Taib.

En décembre, Hydro Tasmania a également décidé de mettre fin à sa participation devant les protestations des tribus indigènes contre les projets illégaux de barrages. Les regards se tournent désormais vers les autres investisseurs et entrepreneurs qui voudraient bénéficier de SCORE.

Il y a aussi les géants de la finance. L’ONG Global Witness a révélé que la banque britannique HSBC avait levé des fonds pour d’importantes campagnes d’abattage d’arbres au Sarawak, bien qu’il soit de notoriété publique que toutes les concessions entretiennent des liens de corruption avec Taib, et en dépit des dommages environnementaux que cela provoque.

Quant à la Deutsche Bank, non contente de veiller sur une partie de l’argent et des intérêts des biens à l’étranger de la famille Taib en tant qu’administrateur désigné de la société Sogo au paradis fiscal de Jersey, elle est aussi partenaire de Kenanga Holdings Sdn Bhd. Kenanga Holdings est l’un des principaux fonds d’investissement détenu par CMSB, une société de la famille Taib, et la Deutsch Bank elle-même. Les autorités allemandes enquêtent actuellement sur cette entreprise.

Qu’en est-il d’Ernst&Young? Les comptables internationaux fournissent chaque année à CMSB des comptes bien propres, alors même que la famille Taib se taille d’immenses parts dans les économies de l’Etat et détient d’importants monopoles, tout cela grâce au bon patronage de Taib en personne !
Nous avons envoyé des emails à Ernst and Young, pour leur demander comment le fait de travailler avec CMSB est compatible avec le code de conduite international de la société, mais ils sont restés sans réponse.

La banque suisse UBS, quant à elle, est impliquée avec la Deutsch Bank, dans la mobilisation de centaines de millions de dollars pour le Sarawak au travers d’une société privée à Labuan (connue pour être une plateforme de la finance internationale offshore, ndlr), ce qui est pour le moins singulier. Bien sûr, UBS est déjà poursuivie en Suisse dans une enquête au sujet de la gestion de comptes pour un million de dollars liés au chef du gouvernement du Sabah Musa Aman.

Même l’Américains Goldman Sachs semble aujourd’hui avoir pris le relais et être devenu le principal banquier qui fournit des fonds au régime de Taib, là encore grâce à un montage à Labuan.

La lumière commence à toucher ces sociétés qui semblaient penser que les millions générés valent bien de fermer les yeux sur la corruption manifeste de Taib Mahmud. Après tout, si les populations dirigées par Taib ne peuvent lui faire confiance pour gérer un budget d’Etat honnête, pourquoi les actionnaires et les prêteurs de toutes ces banques lui feraient-ils confiance ? Mais les décideurs étrangers qui se trouvent derrière ces transactions pourraient bien être tenus pour responsables.

L’article original

Photo: Reputational risk – Rio Tinto pulled out of SALCO, a RM2.00 Taib company which had stood to absorb a $2billion investment from the aluminium giant.

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