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Thailande: taux de mercure alarmant chez les habitants et les poissons

Des chercheurs ont découvert des taux de mercure bien au-delà des niveaux de sécurité dans les poissons et les personnes vivant dans la plus grande zone industrielle du Prachinburi, dans l’est de la Thaïlande. Plus de 60 résidents se sont rendus dans la capitale pour remettre au Département de Contrôle de la Pollution (PCD) et au Département des Travaux Industriels (DIW) des requêtes pour remédier à ce problème de pollution avant qu’il ne soit trop tard.

Une étude menée sur des tissus du poisson Channidae (« tête-de-serpent ») et des échantillons de cheveux prélevés à proximité d’une centrale à charbon et d’une usine de pâte à papier dans la commune rurale de Tha Tum, dans la province du Prachinburi, a dévoilé une contamination au mercure de la chaîne alimentaire et des corps humains dans la région. Selon Jutamas Suppradid, chercheur pour l’organisme EARTH (Ecological Alert and Recovery in Thailand), cette étude a révélé que tous les échantillons de poissons étaient contaminés au mercure à des niveaux dépassant les tolérances thaïlandaises pour les aliments. Le ministère de la Santé publique autorise un maximum de 0,02 ppm de mercure dans la nourriture. Les échantillons de tissus de poisson présentent une contamination de 3 à 11 fois supérieure aux normes de sécurité autorisées pour les aliments.

Les résultats des échantillons de cheveux prélevés sur les résidents qui consomment du poisson pêché localement et vivent dans un rayon de 2 km autour du complexe industriel indiquent que les cheveux de tous les volontaires présentent du mercure à un taux supérieur à la quantité de référence (1 ppm), référence au-delà de laquelle le mercure peut endommager la fonction cérébrale. L’étude a démontré la présence de taux de mercure allant de 1,628 à 12,758 ppm dans les cheveux des habitants de Tha Tum.

Environ 90% du mercure dans le corps humain se trouve sous forme de méthylmercure, forme hautement toxique qui peut s’accumuler dans les organismes vivants, se transmettre de la mère à son enfant pendant la grossesse. Elle peut se déposer et rester dans l’environnement, sans être détruite. Les poissons et les résidents de Tha Tum risquent la contamination par différents moyens: cendres volantes en provenance de la centrale au charbon qui retombent sur les plantations d’eucalyptus dans la région, ou fuite potentielle d’eaux usées infectées venant de l’usine de pâte à papier dans les canalisations d’eau publiques.

« En tant que riverain avec un taux élevé de mercure dans mon corps, je veux que les agences gouvernementales compétentes contrôlent la pollution avant qu’elle ne se dépose dans notre corps. Ne laissez pas les usines mener leurs affaires comme bon leur semble. Ne laissez pas les citoyens se défendre seuls. Notre corps sert de dispositif de contrôle de la pollution, » explique Somboon Patcharapaiboon, chef de village, dans la province du Prachinburi. Il s’est rendu à Bangkok avec 60 habitants également affectés par les déchets industriels dans les provinces du Prachinburi et du Chachoengsao. Des résidents et les groupes citoyens « Friends of the East Network » et « Change the East » ont soumis leur requête aux agences gouvernementales PCD et DIW pour résoudre les problèmes de pollution actuelle avant que les zones industrielles ne s’étendent dans l’est de la Thaïlande.

« Nous souhaitons que les autorités compétentes se servent des résultats de cette étude pour résoudre le problème de la pollution dans Tha Tum et les environs, » déclare Penchom Saetang, directeur de l’organisme EARTH Director. « N’oublions pas qu’il s’agit d’un avertissement de la nature. Si on écoute l’avertissement, des situations très problématiques comme celle-ci peuvent être réduites. Si on peut résoudre cette situation, les communautés ne s’opposeront pas à l’industrialisation. Ne laissez pas ce problème s’envenimer au-delà du point de non-retour. »

Cette étude est le résultat de la collaboration entre EARTH et l’IPEN (réseau international pour l’élimination des polluants organiques persistants) ; elle a permis de collecter 460 échantillons de poissons et de cheveux dans 29 pays pour examiner les sources de pollution au mercure, y compris les centrales au charbon et les usines de pâte à papier. Les résultats serviront à appuyer les négociations internationales sur le mercure qui se déroulent du 13 au 18 janvier à Genève, en Suisse et auxquelles assistent des représentants du gouvernement thaïlandais.

Traduction: Cindy Presne (Tradadev)
Photo: Earth

Source (anglais): Mercury Found in Fish and Residents near Coal Power Plant and Paper Pulp Mill (Prachatai)

Pour en savoir plus:

Rapport de l’IPEN sur la pollution au mercure dans le monde (janvier 2013)

The Nation: Unsafe mercury levels found

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