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Emprisonner un révolutionnaire n’emprisonne pas une révolution


L’affaire d’une vente de logiciels publics à une entreprise détenue par le PAP, le parti au pouvoir, relance la question du financement des partis politiques de Singapoour.

Alex Au, à qui la Société Humaniste de Singapour a décerné le prix de l’Humanitaire de l’année 2012, mérite également le prix de la liberté. Mais pour le moment, cette liberté, il en paie le prix: il a reçu une mise en demeure du Premier Ministre Lee Hsien Loong à la suite de ses propos mettant en cause l’élite au pouvoir dans l’affaire de la vente des logiciels du Conseil Municipal à Action Information Management Pte Ltd (AIM), une entreprise détenue par le PAP.

Le problème ici n’est pas la question de l’honnêteté du PAP, ou le favoritisme dont il a pu faire preuve dans ces transactions. La société civile cherche à comprendre les raisons pour lesquelles des biens qui sont par nature des biens publics sont détenus par des capitaux privés. Pourquoi le PAP est-il désireux d’investir dans ces systèmes et de les détenir? Le PAP est un parti politique, ses activités ne concernent pas le développement ou la détention de propriétés intellectuelles, et cela a son importance dans la façon de les commercialiser. Le PAP est par nature un parti politique: les citoyens votent pour lui sur la base de ses positions et directives politiques.

« Singapore Inc. »

Notre modèle de gouvernance est unique, et certains l’ont baptisé – assez judicieusement – « Singapore Inc. ». Nos leaders politiques sont choisis sur la base d’un modèle « méritocratique ». Sur le principe, on ne vote pas pour eux en raison de la qualité de leur parcours, ou pour leur immense capital politique, ils sont choisis par les cadres du parti en raison de leurs capacités technocratiques.

Le pouvoir est omniprésent, et il se fraie un chemin de façon perverse jusque dans les zones les plus reculées de l’administration. Notre gouvernement technocratique a deux objectifs : d’abord avoir des systèmes qui lui permettent d’achever ses objectifs économiques, ensuite avoir les moyens de contrôle politiques qui lui permettent de remplir le premier objectif.

Les questions que l’on doit se poser désormais concernent la part de pouvoir exécutif qu’un gouvernement devrait détenir. Voulons-nous abandonner nos droits, y compris nos droits économiques, au nom de l’efficacité, ou voulons-nous un système dans lequel le pouvoir exécutif du gouvernement est limité ?

Cela ouvre un sujet délicat: le gouvernement devrait-il continuer à détenir et diriger des sociétés par l’intermédiaire de Temasek Holdings? L’affaire AIM révèle un point particulièrement pertinent: les gens gravitent autour d’un modèle plus libéral, dans lequel les lignes de contrôle entre les législateurs, l’exécutif et le secteur privé sont claires.

Conflit d’intérêt

On peut tirer une conclusion de tout cela: le gouvernement ne devrait pas détenir des biens économiques qui sont souvent mieux gérés dans le secteur privé, et les partis politiques ne devraient pas détenir des biens économiques qui sont par nature des biens publics. Il y a là conflit d’intérêt.

Je tiens à souligner que des questions similaires se retrouvent dans d’autres sociétés modernes. Dans ces pays, les médias demandent au gouvernement de rendre compte de leurs actions, et dans certains cas, le mettent à genoux. A Singapour cependant, en l’absence d’une presse solide, ce sont les médias sociaux qui semblent se charger de demander des comptes au gouvernement.

Alex Au n’est pas seul dans sa quête, et comme le disait Andrew Jackson (1832), « Un seul homme armé de courage vaut une majorité ». Nous nous joignons à lui dans sa recherche de la vérité.

Source: You can jail a revotionary but you can’t jail a revolution

Traduction: AlterAsia
Photo: DR

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