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Vietnam: les artisans face à la pollution de leur activité

Source (Extraits): New Mandala

Les villages d’artisans, au cœur de la politique de développement du pays, doivent faire face à des risques sanitaires et environnementaux encore peu médiatisés.

Tandis qu’il nous guide à travers le village d’artisans de Nha Xa dans le delta du fleuve rouge au Vietnam, le vieux chef du village, Thien, explique comment la vie des villageois a fluctué au cours de 800 ans de production de soie. Nha Xa a connu d’importantes périodes de conflits et de transformations politiques, y compris la planification centralisée socialiste depuis les années 50 et l’ouverture des marchés avec la politique de Doi Moi en 1986. Thien reconnaît que la renaissance actuelle de la production de soie a augmenté les revenus de la plupart des villageois mais qu’elle exige une utilisation intensive de produits chimiques toxiques qui nuisent à l’environnement et à la santé des villageois. Le village se trouve à un carrefour entre le développement économique et le risque social : « Nous savons que la pollution nous tue à petit feu, mais si nous arrêtons la production, nous mourrons de toute manière. »

Nha Xa fait partie des quelque 2 790 villages d’artisans au Vietnam spécialisés dans la production de biens « traditionnels » : produits alimentaires transformés, textiles, céramiques, beaux-arts et meubles, ainsi que des produits plus récents tels que le papier, le métal et le plastique recyclés. Plus de 70 % de ces villages sont apparus qu’après la mise en œuvre de la politique de Doi Moi en 1986. Les villages d’artisans se sont développés par la suite afin de fournir des emplois à près de 11 millions de personnes, soit presque un tiers de la main d’œuvre rurale totale du Vietnam. Ils ont promu l’industrialisation et généré des revenus jusqu’à cinq fois supérieurs aux revenus des villages agricoles, améliorant ainsi les indices de pauvreté. Dans beaucoup de villages d’artisans, la production et les services liés aux produits artisanaux sont devenus la principale source de revenus, représentant entre 60 % et 80 % des revenus des foyers.

Les villages d’artisans sont des industries rurales à petite échelle qui se sont principalement développées grâce à l’initiative d’entrepreneurs basés dans les villages. Le développement des villages d’artisans a été en grande partie spontané, avec peu d’aides ou de plans gouvernementaux, même si cela a changé ces dix dernières années. Le gouvernement assure à présent la promotion de l’artisanat dans le but d’industrialiser et de moderniser les zones rurales, tout en s’appliquant simultanément à gérer son impact environnemental négatif.
La résilience et la rapide expansion des villages d’artisans vietnamiens remet en cause l’idée actuelle du développement économique. Tout d’abord, les villages d’artisans, avec leur base de production périurbaine ou rurale de petite à moyenne échelle, compliquent l’hypothèse selon laquelle l’industrialisation en Asie suivra l’industrialisation urbaine à grande échelle. Ils soulignent également les défis sociaux, économiques et environnementaux inhérents dans ce mode d’industrialisation conduite à l’échelle locale.

Les risques de la production artisanale

Bien que les niveaux de pollution causés par la production de produits artisanaux soient relativement bas comparés aux déchets industriels et urbains, les risques sanitaires associés pour les producteurs et leurs voisins directs sont importants. Pour lutter contre cela, la production artisanale est soumise à une réglementation similaire à celle appliquée par l’industrie. En outre, le gouvernement a mis à l’essai des programmes pilotes de traitement des eaux usées et a établi des zones industrielles afin de concentrer les ateliers artisanaux au sein des villages. Malgré cela, la pollution augmente rapidement.

Au Vietnam, un fort mouvement de la société civile s’est mobilisé ces dernières années contre la pollution causée par les grandes industries soutenues par des investissements étrangers. Malgré une forte médiatisation de la pollution causée par l’artisanat, les villages d’artisans ont jusqu’ici échappé à une telle attention, sans doute parce que les producteurs artisanaux sont des acteurs de l’économie politique rurale relativement petits, localisés et anciens. Et que les groupes de la société civile n’ont pas proposé de solutions à la pollution causée par l’artisanat ni mené de campagne à cette fin.

Traduction: Laura Bour
Photo: Un teinturier au travail à Nha Xa « A l’intérieur, il peut faire 50°C, avec une odeur terrible. La plupart ne peuvent pas le supporter, et bien sûr ils ne peuvent pas éviter d’être directement affectés. Ils ne prennent jamais de poids et sont toujours très minces. » (Le chef du village de Nha Xa) DR

Lire l’intégralité de l’article (en anglais)

Pour en savoir plus, une étude universitaire conduite par des chercheurs de l’ANU (Australian National University) et de l’IPSARD (Institute of Policy and Strategy for Agriculture and Rural Development) (en anglais)

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