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La disparition de la mangrove menace les communautés indonésiennes

24/06/2012 by IRIN in Biodiversité, Environnement

Article original: Indonesia: Mangrove loss threatens community resilience

En Indonésie, des millions d’hectares de mangrove disparaissent pour faire de la place à l’agriculture, aux exploitations d’huile de palme et même aux fermes piscicoles, ce qui rend les communautés vivant sur les côtes encore plus vulnérables à la violence des tempêtes tropicales et à la perte des moyens de subsistance et des produits.

« Il a été maintes fois prouvé que les mangroves diminuent la force des vagues et du vent causés par les tempêtes, de même qu’elles réduisent l’impact de l’érosion littorale », explique Ben Brown, représentant du Mangrove Action Project (MAP – Projet d’action pour la mangrove), ONG internationale dont l’objectif est de protéger et de restaurer les régions à mangrove dans le monde entier.

« Quand la mangrove disparaît, les villages et les côtes sont encore plus vulnérables face aux ouragans. Certaines de ces régions sont inondées par les marées alors qu’il y a quelques années, lorsque les palétuviers n’étaient pas touchés, les villages ne souffraient pas de ces aléas, » raconte-il à IRIN.

L’Indonésie comprend approximativement 17 500 îles, dont 6 000 environ sont habitées par plus de 238 millions de personnes. En 2011, l’Agence de météorologie, climatologie et géophysique d’Indonésie (BMKG) a détecté 23 cyclones tropicaux au large de la côte ; ces intempéries ont été à l’origine de vents violents, de fortes pluies et de niveaux de marée plus élevés qui ont entraîné des inondations et endommagé les bâtiments et les infrastructures en bord de mer.

D’après M. Brown, la plupart des terres émergées et des grandes rivières d’Indonésie sont bordées de mangroves, de même que la majeure partie des côtes de Papouasie et des grandes îles de Sumatra, Kalimantan et Célèbes.

Avec ses quelque 130 millions d’habitants, l’île de Java est tout particulièrement sensible aux cyclones tropicaux, selon le programme 2012-2014 du BNPB, agence indonésienne chargée des catastrophes naturelles.

En janvier 2012, des médias locaux ont estimé que les arbres tombés, les glissements de terrain et les inondations occasionnés par un cyclone tropical avaient détruit 2 300 foyers et tué 16 personnes sur les îles de Java et de Bali.

Protection des communautés 

« Les palétuviers peuvent être courts ou hauts, et les marées infligent plus ou moins de dégâts en fonction de leur hauteur », explique Norm Duke, expert en mangrove dans le groupe TropWATER (centre de recherche sur l’eau et les écosystèmes aquatiques tropicaux) à l’université James Cook en Australie. « La seule situation dans laquelle ils ne représentent pas une protection efficace est lorsque les assauts d’une tempête se combinent à un tsunami, mais en général ils constituent un rempart inégalable. »

Le centre pour la coopération internationale au ministère indonésien de la Forêt fait également remarquer que les forêts entretiennent les moyens de subsistance des communautés vivant en bord de mer. Les feuilles des palétuviers servent à garnir les toitures et leur bois peut également être utilisé pour produire du charbon de qualité et du combustible pour faire la cuisine et se chauffer. Quelques peuples utilisent l’écorce de certains arbres pour traiter différentes maladies de la peau.

La mangrove abrite les zones d’habitat et de reproduction de nombreuses espèces de poissons et les protège contre les tempêtes, ce qui représente une contribution souvent nécessaire à l’assurance de la subsistance des villageois. « Les racines des palétuviers sont de manière générale plus fortes que celles des autres végétaux », indique Daniel Murdiyarso du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR), ONG dont le siège se trouve en Indonésie. « De plus, comme les feuilles des palétuviers apportent un mélange particulier de nutriments dans les fermes piscicoles, la mangrove revêt une importance capitale pour la protection des zones de pêche des villages. »

En 2007, le ministère de la Forêt avait créé deux centres dédiés au développement de la mangrove. En 2010 et 2011 le centre situé sur l’île de Bali a planté 8 000 nouveaux palétuviers tandis que celui situé dans la ville de Medan sur l’île de Sumatra en a planté 10 000. Par ailleurs, 12 000 spécimens supplémentaires sont prévus pour 2012. Mais cela sera-t-il suffisant?

Sous la menace

En dépit de tous leurs bienfaits, M. Brown, du MAP, déclare que ces arbres côtiers sont vulnérables. « Leur plus grande menace est l’expansion de l’agriculture. Dans les années 80, on comptait 4,2 millions d’hectares de mangrove en Indonésie mais plus de la moitié a disparu à la fin des années 90 en raison de l’agriculture et on ne connaît pas exactement sa surface actuelle. »

D’après lui, le département des affaires piscicoles et maritimes du gouvernement indonésien a octroyé un budget pour la conversion de 675 000 hectares de mangrove supplémentaires en terres arables pour atteindre des objectifs économiques à court terme, ce qui éliminerait un tiers des forêts restantes.

Farid Dahdouh-Guebas, spécialiste de la mangrove installé à la Vrije Universiteit de Bruxelles et ayant mené des recherches en Asie du Sud-Est, a souligné que « d’un côté, la mangrove protège bien les fermes piscicoles mais que de l’autre, elle est également détruite pour laisser la place à ces fermes. La question est, de combien de palétuviers peut-on se débarrasser sans perdre leur fonction protectrice ? »

Les experts mettent l’accent sur le fait que le développement des exploitations d’huile de palme, l’urbanisation et les effets de la pollution représentent des menaces supplémentaires pour les forêts de palétuviers d’Indonésie. Ils s’inquiètent également du fait que ce phénomène contribue à diminuer la résilience des communautés.

M. Duke, de l’université Cook University, conclut : « Là où la mangrove a été détruite ou endommagée à cause de l’agriculture ou autre, sa capacité à protéger les communautés vivant en bord de mer est compromise. »

Photo: Les femmes d’un village travaillent à la réhabilitation d’un chenal de marée près d’une mangrove au sud de l’île de Célèbes, en Indonésie (copyright: MAP).

Traduction: Cindy Presne (Tradadev)

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