AlterAsia

Société

Violence policière et justice en Malaisie

15/06/2012 by Aliran in Justice, Société

Article original (Aliran): Why beat up detainees?

La police peut avoir mille et une raisons pour arrêter quelqu’un, mais elle n’a certainement pas le droit de blesser quiconque pendant l’arrestation ou la détention (R.Nadeswaran).

En 1976, je me trouvais face au Juge en Chef malaisien de l’époque, ne lui parlant pas de justice, mais de l’avenir du hockey malaisien après la débacle des Jeux Olympiques de Montréal. Quelques jours plus tard, une série en deux parties signée « Raja Azlan Shah, dit « Nadeswaran » a été publiée.

Mercredi dernier, j’ai été submergé de souvenirs concernant le discours du Sultan Azlan Shah lors de la cérémonie d’anniversaire de son investiture: « L’application des lois de ce pays devrait être synonyme de transparence et de justice. Les responsables de cette application doivent faire preuve d’intégrité et gagner le respect des autres à travers leurs actes pour que les gens puissent leur faire confiance. Les gens vont douter des institutions légales et croire qu’on les a traités de façon injuste si les procédures d’enquêtes et d’arrestations, les poursuites et les jugements sont mis en cause », a déclaré Sa Majesté.

Aujourd’hui, cela fera un mois que les événements (la manifestation Bersih 3.0, ndlr) ont changé notre façon de voir les institutions mentionnées par Sa Majesté. Tout à fait par hasard, l’inteview de 1976 s’est faite lors d’un déjeuner au sein de ses quartiers à côté de Dataran Merdeka, là où cet événement tumultueux a eu lieu.

Je ne cesse de me demander, ainsi qu’à ceux qui seraient susceptibles de m’apporter une réponse plausible, pourquoi sept agents de police ont-ils attaqué mon collègue Radzi ? Quel délit a-t-il commis ? Même s’il est coupable, rien ne justifie des blessures telles qu’il a dû être hospitalisé avec la mâchoire fracturée. Participait-il à la manifestation ? Portait-il du jaune ? Faisait-il partie de la foule qui a détruit la barrière ? Non. Alors pourquoi la police s’est-elle attaquée à un journaliste, vêtu de façon tout à fait normale, portant un badge presse donné par le gouvernement ?

Ce n’est que la première partie de l’histoire. La semaine dernière, Radzi a dû participer à une identification afin de dénoncer ses agresseurs. C’était totalement absurde. Malgré le fait que l’on ait dit à l’agent responsable de l’enquête que les agresseurs de Radzi étaient de jeunes agents de police, il a ramené des agents plus vieux. Pour en rajouter encore, il a demandé à Radzi de jeter un oeil par la persienne de la fenêtre pour identifier ses agresseurs. Est-ce ainsi que se passent les identifications de nos jours ?

Est-ce ce genre d’intégrité que Sa Majesté a montré du doigt quand il a mentionné le fait de gagner le respect à travers les actes afin que les gens puissent faire confiance à la justice?

Mais ne faisons pas de digression. J’ai été témoin d’au moins une demi douzaine d’agressions sur des manifestants APRES leur arrestation. Appelez ça une zone de sécurité ou de confort, mais du haut du balcon du Royal Selangor Club, j’avais une vue imprenable sur ce qu’il se passait à Jalan Raja. J’ai vu des policiers donner des coups de pieds et frapper ceux qu’ils avaient arrêté. Etait-ce nécessaire ? Que pourrait bien faire un citoyen comme moi à part supplier: Jangan pukul ? Dès que je l’eus fait, quatre ou cinq caméras appartenant à la police ont été braquées sur moi.

Vais-je être diabolisé, ridiculisé et poursuivi, à l’image des douzaines d’avocats qui ont agi en tant qu’observateurs pour le Conseil du Barreau ? Tout comme eux, serai-je accusé de faire partie de l’opposition ou d’être un sympathisant ? N’y a-t-il aucun endroit où je pourrais raconter ce que j’ai vraiment vu et exprimer mon dégoût face à de tels actes méprisables ? Le citoyens ordinaires n’ont-ils aucun recours lorsqu’ils sont témoins d’un acte illégal ou d’une omission ? Nous, en tant que citoyens, n’avons-nous pas la tâche de nous protéger les uns les autres ?

La police peut avoir mille et une raisons pour arrêter n’importe qui, mais elle n’a certainement pas le droit de blesser quiconque pendant le processus. Pourquoi ont-ils fait ça ? Pourquoi ont-ils frappé Radzi et une douzaine d’autres membres des médias ? Les a-t-on aussi considérés comme des sympathisants de l’opposition au lieu d’être considérés comme témoins enregistrant un événement malaisien ?

Ces questions ne peuvent trouver de réponses auprès de vous ou de moi. Les responsables de l’agression, ainsi que leurs patrons, doivent y répondre. Ils devraient peut-être prendre les conseils du sultan au sérieux car les gens vont douter des institutions légales et avoir le sentiment d’avoir été traités de façon injuste si les procédures d’enquête et d’arrestation, les poursuites et le jugement sont discutables. L’histoire concernant l’identification de Radzi n’est qu’un problème parmi tant d’autres. En dire plus serait du suicide.

R. Nadeswaran, traduit par Caroline Robert (Tradadev)

R. Nadeswaran n’est qu’un simple messager dans toute cette histoire. Le tuer n’apportera aucune solution. Il est journaliste (reportages spéciaux et enquêtes) à The Sun. Source: thesundaily.com

Print Friendly

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.