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Les stigmates de l’ISA sur la société Singapourienne

Article original (The Online Citizen): ISA’s scar on Singaporean society

Derrière une croissance économique enviée par les Français en Asie du Sud-Est, Singapour cache une société traumatisée. L’ISA, la loi pour la Sécurité intérieure, qui permet la détention « préventive » des militants, notamment politiques, laisse en effet de profondes cicatrices sur la société Singapourienne, à plusieurs niveaux.

Au premier degré, l’ISA (Internal Security Act) marque à jamais les individus personnellement arrêtés et emprisonnés. Des années après leur libération, presque tous sont encore traumatisés et cette expérience les a psychologiquement meurtris. Ils passeront leur vie à se sortir de cet épisode. Je me réjouis de voir des évolutions dans ce domaine : nombreux sont ceux qui arrivent à dépasser ce traumatisme.

Au deuxième degré les familles, amis, collègues et membres d’associations ou autres organisations (par exemple les églises, les organismes de charité, les groupes d’artistes etc… dont faisaient partie les individus détenus sous le coup de l’ISA) en portent aussi les conséquences psychologiques à long-terme. La peur provoquée par le fait d’avoir été si proches des individus arrêtés et emprisonnés a également un impact sur la façon dont ce groupe se comporte vis-à-vis des autres, en particulier lorsqu’il s’agit de s’impliquer dans des critiques politiques à l’égard du gouvernement du PAP. Nul doute que cette peur est un peu moins aigue chez eux maintenant.

Au troisième degré, au sein du corps politique de manière générale, les stigmates de l’ISA apparaissent dans la tendance générale à l’autocensure. Depuis longtemps, beaucoup se sont retenus dans leurs positions sur des questions de politique intérieure : l’opposition et les critiques sont donc restés entre les mains d’un très petit nombre. Aujourd’hui encore, il n’est pas rare d’entendre dire « L’ISD nous regarde ou nous écoute », lorsque nous percevons un grésillement sur une ligne téléphonique, ou une interférence dans le système audio lors d’une réunion. Certes, nous en plaisantons, mais cela traduit bien une crainte psychologique profonde. Voilà jusqu’où s’étend la cicatrice laissée par l’ISA sur la société Singapourienne. Mais nous revenons de loin.

A titre collectif, cette cicatrice s’étend également aux étrangers et touristes de passage à Singapour, et sur la façon dont ils réagissent lorsqu’il s’agit d’y dénoncer les injustices politiques, ou de faire des commentaires critiques. Voici comment la blessure de l’ISA s’étend au-delà de nos frontières. Je pense que le changement à l’extérieur de nos frontières prendra plus de temps car l’onde mettra plus de temps à voyager en dehors de Singapour.

Ainsi, il y a 22 ans de cela, j’étais étudiant en Arts et Sciences Sociales à NUS, et j’avais interrogé Lee Kuan Kew lors du Forum de NUS en 1990 (1990 NUS Forum: Lee Kuan Yew on ISA and Marxist Conspiracy) pour savoir si Singapour envisageait d’abolir l’ISA puisque la situation dans la région était désormais stable. Sa réponse ne m’avait pas convaincu.

A l’époque, nous étions si peu à dénoncer publiquement l’ISA ; aujourd’hui nous sommes un peu plus nombreux, quelque soit notre degré d’implication. J’ai bon espoir qu’ensemble nous puissions arriver à faire abolir l’ISA.

Traduction: Louise de Neve
Photo: Eric (glb)/flickr

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