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Malaisie: la police enquête sur Irene Fernandez, prix nobel alternatif

Irène Fernandez

Article original (Free Malaysia Today): Police probing complaint against Fernandez

La police enquête à la suite d’une plainte déposée contre Irène Fernandez, prix nobel alternatif, pour ses propos sur les mauvais traitements dont sont victimes les travailleurs étrangers en Malaisie.

Kuala Lumpur: La police a confirmé aujourd’hui avoir ouvert une enquête à la suite des propos tenus par la directrice de l’ONG Tenagnita, Irene Fernandez, au sujet des travailleurs étrangers en Malaisie.

L’enquête a été déclenchée par deux rapports signés de plusieurs organisations, dont Ikatan Rakyat Insan Muslim Malaysia (IRIMM), Dawan Ekonomi dan Social Malaysia et Rela.

D’après l’agence de presse Bernama, ces groupes considèrent que Fernandez serait à l’origine de tensions dans les relations entre la Malaisie et l’Indonésie pour avoir déclaré, dans des médias étrangers, que les travailleurs étrangers faisaient l’objet de mauvais traitements en Malaisie.

Dans un entretien accordé au Jakarta Post la semaine dernière, elle aurait critiqué le gouvernement malaisien sur la façon déplorable avec laquelle sont traités les travailleurs étrangers dans le pays, et affirmé que la Malaisie était un pays « dangereux » pour les travailleurs étrangers.

« Nous enquêtons pour savoir si ses propos sont susceptibles d’avoir enfreint les lois du pays », a déclaré le chef du CID de Kuala Lumpur Ku Chin Wah devant les journalistes présents. Interrogé sur le type d’infraction sur lequel reposait cette enquête, il s’est abstenu de répondre: « Nous ne savons pas encore et nous étudions toujours la question » a-t-il déclaré, tout en reconnaissant que la police n’écartait pas la possibilité que cela puisse aboutir à une accusation de sédition. Ku a expliqué que la police convoquerait Irene Fernandez si elle le jugeait nécessaire.

De son côté, Irène Fernandez dit n’avoir pas encore reçu de convocation de la police tout en précisant que cela ne changeait rien pour elle.

Harcèlement

« Pour moi c’est de nouveau du harcèlement, rien de plus ; l’appareil d’Etat a quand même mieux à faire que de poursuivre les défenseurs des droits de l’homme. C’est vraiment injustifié », a-t-elle ajouté.

Interrogée sur l’un des rapports de police qui l’accuse de tenter de détériorer les relations entre la Malaisie et le Bangladesh, Fernandez s’est dite consternée.
« Je ne ferai jamais de compromis ».

D’après ce qu’a rapporté Bernama, certains propos d’Irène Fernandez sur les mauvais traitements infligés aux travailleurs étrangers auraient également été publiés sur le site Yahoo News au Bangladesh.

« Non, j’ignore d’où ils tirent leurs citations. Je n’ai jamais tenus de propos auprès des médias bangladeshis. Il faut que je consulte le rapport et demande à la police sur quelle base ils agissent s’ils me convoquent », a-t-elle déclaré.

Irène Fernandez a ajouté que ces événements la mettent toujours « en colère », mais elle reste optimiste et pense que le gouvernement fera preuve de bon sens.

« Le gouvernement est dans un déni permanent. Je suis en colère, mais quand la vie des gens et les droits de l’homme sont en jeu, je ne fais jamais de compromis. Ce que j’ai dit récemment est ce que j’ai toujours dit depuis de nombreuses années. Qu’est-ce qui a changé ? »

«  Je me sens encouragée car le gouvernement semble dire la même chose que moi, nous avons besoin d’une Loi sur les Travailleurs Etrangers, et il faut abolir les coups de fouets dans le cadre de la Loi sur l’Immigration. Ce sont des signes positifs et j’espère que nous allons vraiment pouvoir nous occuper du problème des travailleurs étrangers.

« Les propositions ne doivent pas rester à l’état de simples propositions, elles doivent se concrétiser par des actes. J’espère que nous aurons une consultation ouverte sur ces sujets avant que les mesures soient prises ».

Le ministre Nazir Abdul Aziz, en visite à Jakarta, avait évoqué le fait que le gouvernement envisageait une possible abolition du fouet pour les travailleurs en situation illégale. Il a également mentionné le fait que le gouvernement envisage la rédaction d’une Loi sur les Travailleurs Etrangers.

Les propos d’Irène Fernandez dans le Jakarta Post ont déclenché un tollé au sein du gouvernement, dont certains membres ont prétendu que ces affirmations avaient détérioré les relations de la Malaisie avec l’Indonésie.

A la suite de ses propos, Irène Fernandez a été épinglée par la Commission Anti-corruption de Malaisie (MACC). Cependant, la MACC a ensuite affirmé qu’il s’agissait de clarifier les accusations de corruption dans des affaires impliquant des travailleurs immigrés.

Irène Fernandez affirme que ses propos ont été déformés sur de nombreux sujets, notamment sur le fait que des employeurs auraient payé la police pour acheter des verdicts auprès des tribunaux.

Traduction: Louise de Neve
Photo: Pesticide Action Network/Flickr
Article également diffusé sur Le Petit Journal, édition de Malaisie.

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