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Indonésie : le sagou envisagé comme une alternative écologique au riz

sagou indonesie

Article original: Sago championed as green alternative to Indonesia’s appetite for rice (Alertnet)

En Indonésie, des chercheurs mettent au point un riz artificiel fait à partir de sagou, afin de trouver une alternative au riz paddy, dont la baisse de la production pourrait compromettre les réserves alimentaires du pays. 

JAKARTA (AlertNet) – En Indonésie, le plus grand consommateur de riz de l’Asie du Sud-est, des chercheurs sont en train de promouvoir un riz artificiel fait à partir de sagou comme alternative de base, en réponse aux inquiétudes relatives au changement climatique, lequel pourrait faire baisser la production de riz (paddy) et compromettre les réserves alimentaires.

Selon Mohammad Hasroel Thayieb, professeur d’agriculture à l’Université d’Indonésie, la demande croissante de riz a contribué au déboisement de la forêt tropicale par les agriculteurs qui défrichent des terres pour la culture du riz.

Thayieb pense détenir une alternative prometteuse susceptible d’améliorer les réserves alimentaires du pays et de protéger les forêts: la production d’un riz à partir du palmier sagoutier.

« Il s’agit toujours de riz, mais non plus de paddy », a-t-il déclaré.

L’Indonésie possède 6 millions d’hectares de sagoutiers qui poussent naturellement dans ses forêts. Chaque arbre peut produire entre 300 kg et 600 kg de poudre de sagou pendant un cycle de 8 à 12 ans, a indiqué Thayieb.

Étant donné l’abondance de cette ressource naturelle, certains experts de l’alimentation et de l’environnement affirment que le riz obtenu à partir du sagou est un excellent moyen de renforcer la sécurité alimentaire de l’Indonésie, notamment au vu du réchauffement climatique et de la pression croissante que les changements climatiques exercent sur l’agriculture.

L’adoption de cette alternative pourrait résoudre le dilemme auquel est actuellement confronté le gouvernement : essayer de maintenir ce qu’il reste de la troisième plus grande forêt tropicale au monde ou autoriser une déforestation massive afin de favoriser l’agriculture, et notamment la culture du riz.

Si les Indonésiens passent du riz au sagou, seul un tiers des terres de Java seront nécessaires à la production des 31 millions de tonnes de poudre de sagou annuelles, selon les chercheurs.

Les 240 millions d’Indonésiens sont des consommateurs avides de riz, avec une consommation moyenne de 135 kg de riz par an et par personne, comparée à 60-75 kg par habitant dans d’autres pays asiatiques tels que la Thaïlande ou la Malaisie, où le riz est un aliment de base.

Toutefois, au cours des 66 années suivant l’indépendance de l’Indonésie, le pays a produit tout juste assez de riz pour répondre à ses besoins.

Pour combler l’écart, l’Indonésie importe du riz du Vietnam ou de la Thaïlande. Cela rend le pays vulnérable aux hausses des prix internationales – lesquelles peuvent alimenter l’inflation intérieure – et ramène le problème de la sécurité alimentaire relative au riz à l’ordre du jour politique à chaque élection présidentielle.

LE RIZ MENACÉ PAR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE

Le changement climatique menace de rendre la situation de l’Indonésie encore plus délicate.

La production de riz de l’Indonésie augmente de 2,5 % chaque année, mais étant donné le déficit existant, elle risque de s’avérer insuffisante pour nourrir une population qui augmente de 1,6 % /an, selon plusieurs experts.

Les méthodes d’agriculture traditionnelles rendent également la production alimentaire de l’Indonésie vulnérable aux effets du changement climatique, notamment aux températures extrêmes et aux inondations, à la hausse du niveau de la mer et à l’arrivée de nouveaux insectes et maladies dus au réchauffement des températures.

Les agriculteurs sèment généralement le paddy au début de la saison sèche, qui s’étend d’avril à août. Cependant, les précipitations sont de plus en plus irrégulières, avec des pluies torrentielles inattendues qui détruisent les premiers semis et des périodes sèches durant la saison des pluies.

Cette année, le ministère de l’Agriculture prévoit que seule la moitié des rizières du pays pourront être plantées, en raison des conditions météorologiques anormales.

Kuntoro Mangkusubroto, chef de l’équipe spéciale de conseillers du président, a déclaré que le gouvernement veut se concentrer sur la recherche, afin d’ajuster les habitudes alimentaires indonésiennes aux changements climatiques.

« Nous sommes conscients du danger que le changement climatique représente pour la sécurité alimentaire, et nous avons dores et déjà fait quelques propositions concernant l’adaptation de l’agriculture indonésienne que nous avons fait parvenir à différents ministères afin qu’elles soient étudiées plus en détails », a-t-il expliqué.

Toutefois, le gouvernement doit encore adopter la cause du sagou comme alternative au riz et voie d’amélioration de la sécurité alimentaire.

LE RIZ: INDICE DE PROSPERITÉ

Thayieb ne se fait pas d’illusions et sait que les gens ordinaires ne seront pas facilement persuadés de réduire la quantité de riz qu’ils consomment.

« Il va falloir faire beaucoup d’efforts pour que les gens troquent le riz contre du sagou, qui ressemble à de la colle », a indiqué Thayieb.

Le sagou est extrait des troncs des sagoutiers et constitue une moelle féculière qui est ensuite séchée pour en faire une poudre. Cette dernière est souvent mélangée à de l’eau afin de former une pâte et passée à travers un tamis pour produire des grains vendus comme « perles de sagou ».

Après avoir été bouilli, le sagou est plus collant que le riz, et les perles ont parfois une partie blanche au milieu qui n’est pas cuite. Les experts savent qu’ils doivent remédier à ces problèmes s’ils veulent que les Indonésiens prennent ce riz artificiel au sérieux.

Il y a également des barrières sociales à surmonter. L’amour des Indonésiens pour le riz est en partie ancré dans la croyance locale qui veut qu’une personne qui mange du riz n’est plus considérée pauvre.

Hari Nugraha, âgé de 39 ans, originaire du village de Jombang, à l’Est de Java, avait l’habitude de manger du « nasi ampog », fait à partir de riz mélangé avec du maïs. Il s’agissait d’un plat populaire jusqu’à la fin de années 70, lorsque le président Suharto avait utilisé la politique du gouvernement afin de développer les réserves de riz, une céréale que son entreprise familiale administrait et commercialisait.

Les agriculteurs recevaient des engrais chimiques peu coûteux et des semences de paddy, fabriquées par les entreprises appartenant à Suharto, et étaient encouragés à cultiver du riz dans des rizières submergées.

La culture et la consommation du riz était promue en tant que stratégie alimentaire nationale, même si l’Indonésie abritait plus de 1 000 minorités ethniques consommant traditionnellement du maïs, de la pomme de terre, de la patate douce, du manioc ou du sagou.

« Cette politique a rendu le riz populaire, et j’ai peu à peu pensé qu’il n’était plus si bien et si moderne de manger du nasi ampog, étant donné qu’il n’est servi qu’aux personnes pauvres qui ne peuvent pas se permettre de manger du riz  pur », explique Nugraha, qui est javanais. Les Javanais, la minorité la plus importante d’Indonésie, a depuis bâti une culture autour de la riziculture.

Dans le passé, la consommation de riz pur était un privilège majoritairement réservé à la famille royale. Cependant, durant le gouvernement de Suharto, qui a duré plus de trois décennies, le riz est devenu moins cher, le rendant ainsi plus abordable pour les Javanais.

Sa popularité s’est étendue, et d’autres minorités ethniques ont également fini par adopter le riz comme leur nouvel aliment de base, négligeant les cultures traditionnelles telles que le maïs, dont la qualité s’est détériorée.

Les sevrer du riz dans le futur, et les encourager à essayer d’autres alternatives, va être délicat, ont indiqué les experts.

Améliorations nécessaires pour le sagou

Hari Nugraha souffre de problèmes de santé dus à un taux élevé d’acide urique et a essayé de passer à un régime à base de riz brun, plus riche en fibres et faible en saccharose. Mais comme il est plus sec et moins sucré, ses enfants refusent de le manger.

Après une semaine, la famille de Nugraha est revenue au riz blanc et il ne pense pas qu’elle soit favorable au riz produit à partir du sagou. « En tant qu’adulte, je suis capable de me forcer à consommer quelque chose de plus sain, mais pas mes enfants », a-t-il déclaré.

Son expérience démontre que le sagou n’apparaîtra dans le menu des familles indonésiennes que s’il ressemble et a le goût du riz paddy.

Les variétés existantes de sagou ne font peut-être pas encore l’affaire, mais Thayieb et ses collègues ont fait des progrès en termes d’amélioration du sagou afin de le rendre plus appétissant.

Afin de réduire son aspect collant, ils ont tenté d’y injecter du gluten de blé, et pour le rendre plus sucré, ils ont ajouté du fructose. Thayieb a également essayé d’ajouter de la poudre de feuilles de moringa riche en protéines afin d’améliorer les effets salutaires du sagou.

Si une version appétissante peut être produite, le coût pourrait également être un avantage considérable du sagou, puisqu’il se vend pour l’équivalent en roupies de 0,13 $ le kilo, comparé à 0,44 $ minimum pour le riz le moins cher.

« Laissez les gens choisir s’ils veulent acheter du riz paddy cher ou du sagou au goût similaire et beaucoup plus abordable », a déclaré Thayieb.

Mais si le gouvernement ne soutient pas l’effort, il admet que les promoteurs du sagou s’attèlent à une tâche extrêmement difficile.

« Nous avons besoin de l’aide du gouvernement pour préparer la chaîne d’approvisionnement et la campagne qui l’accompagne afin de rendre le sagou populaire », a-t-il indiqué.

Veby Mega Indah est une journaliste freelance basée à Jakarta, spécialisée dans les problèmes relatifs à l’environnement et au changement climatique. Cet article fait partie d’une série soutenue par le Climate and Development Knowledge Network.

Traduction: Laura Bour
Photo: Eldred Lim

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