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Une nouvelle étude discrédite les efforts de l’Indonésie pour protéger la forêt

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Article original: New study slams Indonesia’s Forest Protection (Asia Sentinel)

L’Académie Nationale des Sciences des États-Unis déclare que la forêt subit une conversion encore plus rapide qu’ils ne l’imaginaient.

Selon une étude menée par dix scientifiques pour l’Académie Nationale des Sciences des États-Unis, la forêt tropicale indonésienne est convertie en exploitations d’huile de palme plus vite encore que ce qu’on pouvait imaginer, ce qui laisse à penser que seuls 4 % de la forêt demeure encore intacte en dehors des zones protégées.

Leur rapport achevé en mars, disponible ici, révèle que les deux tiers de l’ensemble de la forêt indonésienne, en dehors des zones protégées, ont été loués aux entreprises d’exploitation de l’huile de palme et qu’à partir de 2020, un tiers de ces terres sera planté. Des scientifiques venus des universités de Yale, Stanford, Indiana, de Virginie, ainsi que de la Carnegie Institution de Washington à l’université de Cranfield et de l’Institut de Santa Fe, ont participé à l’étude.

Bien qu’en septembre dernier, le Président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono ait promis d’exploiter la forêt durablement, aujourd’hui à Jakarta, une coalition de groupes écologistes menée par Greenpeace a déclaré que le moratoire proposé par le gouvernement était faible et inefficace. Dans un discours adressé en novembre à une association de protection forestière, le président a annoncé que le gouvernement avait mis en place des programmes pour accroître la productivité agricole et assurer une réserve suffisante d’aliments de base, dont le riz, de même qu’une campagne de reboisement dont l’objectif était de replanter au moins un milliard de jeunes arbres par an ; malgré tout, les projets du gouvernement sont largement considérés comme un fiasco.

Un porte-parole de Greenpeace a annoncé que l’interdiction déclarée par le gouvernement pour protéger la forêt exclut une large part des tourbières du pays. Lors d’une révision antérieure des cartes, l’Union of Concerned Scientists (groupe américains de scientifiques et citoyens œuvrant pour l’environnement) a découvert que le moratoire laisse presque 50 % des 100 millions d’hectares de la forêt naturelle et des tourbières indonésiennes sans protection. La région de Kalimantan (partie indonésienne de l’île de Bornéo) contient un tiers des tourbières d’Indonésie, qui abritent la plus grande réserve de carbone de tourbe tropicale du monde. Le nettoyage et l’assèchement de ces tourbières entraîne l’émission d’une quantité considérable de carbone en raison de l’oxydation et de la combustion de la tourbe.

Le moratoire de deux ans est entré en vigueur l’an dernier en tant que partie principale d’un accord avec la Norvège, qui a promis de verser un milliard de dollars dans le cadre d’un plan soutenu par l’ONU pour réduire les émissions de gaz dues à la déforestation. On parle souvent de l’Indonésie comme du troisième plus grand émetteur de gaz à effet de serre du monde, principalement à cause de la déforestation galopante initiée par les industries de l’huile de palme, du papier et de l’extraction minière. Tandis que la déforestation dans le monde compte pour 20 % des émissions de gaz à effet de serre, en Indonésie, en revanche, ce chiffre s’élève à 85 %, ce qui place ce pays au rang de l’un des plus gros émetteurs du monde.

Les recherches de l’équipe de l’Académie Nationale des Scientifiques des États-Unis semblent appuyer ce bilan ; les scientifiques ont utilisé des images en série chronologique prises à l’aide de caméras haute résolution et des sondages sur le terrain pour montrer que les plantations d’huile de palme industrielle s’agrandissaient rapidement et étaient à l’origine de changements incommensurables de la superficie de forêt tropicale.

D’après l’équipe, bien que les incendies aient été la première cause de 93 % de la déforestation entre 1989 et 2008 et 69 % des émissions nettes de carbone en 2007-2008, l’huile de palme a directement entraîné 27 % de la déforestation totale et 40 % de la destruction des tourbières.

En 2008, les allocations de terres au profit des exploitations d’huile de palme s’étendaient sur approximativement 65 % de la région de l’est du Kalimantan, dont 62 % de tourbières et 59 % de territoires gérés par les communautés ; mais seuls 10 % des zones allouées ont été plantées.

« Au rythme actuel de l’évolution des entreprises, en 2020, environ 40 % des terres régionales et 35 % des terres des communautés seront déboisées au profit de l’huile de palme, produisant ainsi 26 % d’émissions nettes de carbone. La superficie de forêt intacte devrait diminuer de 4 % et la proportion d’émissions provenant des tourbières augmenter de 38 % », d’après l’équipe.

Depuis 1990, selon le rapport des scientifiques, l’Indonésie a connu l’une des plus rapides expansions de plantations du monde. Les relevés du ministère de l’agriculture indiquent que de 1990 à 2010, la superficie dédiée à l’huile de palme a augmenté de 600 % pour atteindre 7,8 millions d’hectares, plus de 90 % de ce développement se déroulant à Sumatra et Kalimantan, des régions qui ont perdu approximativement 40 % de leurs forêts en plaine basse entre 1990 et 2005.

Selon le rapport, « en conséquence de cette déforestation massive, les émissions annuelles de gaz à effet de serre en Indonésie – faisant actuellement partie des 10 grands pays émetteurs – proviennent majoritairement de la transition terrain forestier/terrain utile. Cependant, les emplacements, schémas et origines des terrains forestiers destinés à l’expansion de l’exploitation de l’huile de palme ; l’étendue et la distribution des allocations de terrains non exploités en attente d’être aménagés ; et les émissions de carbone entraînées par l’exploitation d’huile de palme demeurent encore trop peu documentés.

Ceci s’explique par le fait que les satellites de détection optique à distance tels que Landsat, bien que disposant de la résolution nécessaire pour détecter de petites parcelles de terre et les modifications ponctuelles de ces terres, sont limités par la couverture nuageuse et ne peuvent être utilisés pour retracer les quantités de carbone émises. Cependant, d’autres technologies, telles que les radars, la télémétrie et la détection par ondes lumineuses, permettent de dessiner la carte de la biomasse hors-sol dans les forêts tropicales et même le carbone souterrain dans les tourbières.

Le rapport établit que, depuis les années 80, les forêts intouchées de Kalimantan ont connu une dégradation massive provoquée par l’abattage des arbres dans des concessions d’exploitation du bois, bien que ce type de dégradation soit difficile à détecter.

Traduit par: Cindy Presne (Tradadev)
Photo: Greenpeace

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