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Barrage de Xayaburi : la controverse éclate

Article original: Xayaburi dams controversy flares (The Diplomat)

La poursuite des travaux du barrage de Xayaburi, au Laos, suscite non seulement l’indignation des organisations non gouvernementales, mais ravive la méfiance entre le Laos et ses voisins.

En décembre dernier, la Thaïlande, le Laos, le Vietnam et le Cambodge ont reçu de nombreux éloges pour avoir décidé de reporter la construction du barrage hydroélectrique de Xayaburi, situé au nord du Laos, le temps que des études plus poussées soient menées pour mesurer les impacts potentiels de ce projet sur les stocks de poissons et la sécurité alimentaire dans le bassin du Bas Mékong.

Des doutes subsistaient néanmoins quant à l’engagement du Laos (où doit être construit le barrage) étant donné le montant en jeu : environ 3,5 milliards de dollars. Malgré ces inquiétudes, Vientiane (la capitale du Laos) veut construire un total de 11 barrages le long du fleuve Mékong et s’imposer comme la « batterie de l’Asie du Sud-est », affirmant que les barrages ne représentent pas de risques graves.

Les autorités à Hanoï et Phnom Penh n’y croient simplement pas tandis que celles de Bangkok – lesquelles appuient financièrement le projet et sont désireuses de se procurer de l’électricité grâce à ce dernier – sont heureuses de ne pas remarquer les plaintes du voisinage.

Un accord « discrètement » ignoré

L’accord de décembre a été discrètement ignoré et les travaux autour du site se sont poursuivis, notamment la construction de routes, égouts, digues et installations nécessaires aux travailleurs, afin qu’il puissent finalement amorcer le mégaprojet.

Maintenant, la construction du barrage lui-même aurait débuté, contrairement à l’accord passé.

Le 17 avril, l’entreprise laotienne de construction CH Karnchang a informé la Bourse thaïlandaise avoir finalisé avec la Xayaburi Power Company, le contrat prévoyant la construction du barrage de 1 206 mégawatts durant les huit prochaines années. Elle a également précisé que les travaux avaient débuté le 15 mars.

Les États-Unis et le Vietnam avaient pourtant exigé un moratoire de dix ans concernant la construction du barrage, pendant que l’Australie – qui fournit un appui financier à la Mekong River Commission (MRC), la commission internationale chargée de coordonner l’exploitation du Mékong – soutenait les inquiétudes du Vietnam et du Cambodge.

Risque n°1: la sécurité alimentaire

Pour le World Wildlife Fund (WWF) et International Rivers, le barrage de Xayaburi constitue une catastrophe environnementale en devenir, qui va altérer l’évolution du fleuve et avoir un impact sur la pêche. Ils souhaitent l’abandon du projet, invoquant les dommages déjà causés par les barrages chinois.

Selon un rapport indépendant préparé pour la MRC par l’International Centre for Environmental Management (ICEM), la construction de ce barrage serait dévastatrice. Le rapport souligne ce qui constitue le sujet de préoccupation n°1 pour de nombreux observateurs : la sécurité alimentaire. La construction de 11 barrages sur le cours principal du fleuve engendrerait ainsi une perte totale, en termes de ressources halieutiques, de 550 000 à 880 000 tonnes – soit -26% à -42 % par rapport aux conditions de base de 2000 -, dont 340 000 tonnes directement imputées aux barrages.

La quantité de protéines risquant d’être perdue par an si 11 barrages venaient à être construits d’ici à 2030 représente 110 % de la production annuelle de bétail du Cambodge et du Laos.

« Les projets sur le cours principal du fleuve nuiraient gravement à l’abondance, la productivité et la diversité des ressources halieutiques du Mékong et affecteraient les millions d’habitants des régions rurales qui en dépendent pour se nourrir et subsister », prévient le rapport.

Défiance internationale

Or le Laos ne fait rien pour montrer à ses voisins qu’il prendra soin des moyens de subsistance des 60 millions de personnes qui dépendent du fleuve Mékong. Au contraire, il semble ne s’intéresser que pour la forme aux préoccupations de plus en plus vives concernant la construction du barrage.

Toutes les parties prenantes avaient quitté la réunion de décembre dernier convaincues que les travaux de construction ne débuteraient pas avant que des études indépendantes aient été menées. À présent, ces mêmes parties vont sans aucun doute chercher à obtenir des clarifications de la part du Laos concernant le statut du projet.

Il est peu probable que le Laos, qui se trouve en bas du classement (rang 154) concernant l’indice de perception de la corruption de Transparency International aux côtés du Cambodge et du Vietnam, réponde honnêtement. Et il est encore plus improbable que ses voisins croient ce qu’il leur dira.

Traduction: Laura Bour
Photo: Kelly Irving/flickr

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