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Jakarta, ville inondée

04/05/2012 by Asia Sentinel in Santé, Société

Article original: Battling Floods in Jakarta (Asia Sentinel)

C’est encore cette période de l’année où les quartiers de Jakarta se retrouvent sous l’eau. Le mauvais assainissement, les infrastructures insuffisantes et le drainage en-dessous des normes fait cependant plus de victimes que les pluies saisonnières.

On estime que la santé de pas moins de 5 millions des 10,1 millions d’habitants à Jakarta est en danger à cause de l’eau fluviale polluée par les déchets ménagers et industriels. Pas moins de 50.000 personnes meurent tous les ans en Indonésie à cause d’un mauvais assainissement et le manque d’hygiène, selon une étude menée en mars 2008 par la Banque Mondiale. Cette étude estime que 6 millions de tonnes de déchets humains se retrouvent dans les eaux intérieures sans aucun traitement.

L’urbanisation mise à mal

Malheureusement, Jakarta est loin d’être la seule ville dans cette situation. Alors que les villes des pays du tiers monde sont devenues trop grandes, le changement climatique n’a fait que s’ajouter au problème. D’après les climatologues, ce changement est la cause de l’augmentation des intempéries. Une autre étude de la Banque Mondiale, publiée en mars, intitulée « Les Villes et les Inondations », a souligné que rien que pendant les 18 derniers mois, des inondations meurtrières ont frappé le Pakistan, l’Australie, l’Afrique du Sud, le Sri Lanka, les Philippines, le Brésil, Bangkok, le Mississipi aux Etats-Unis, ainsi que d’autres régions. Rien qu’en 2010, selon le rapport, 178 millions de personnes ont été victimes d’inondations.

Alors que Jakarta s’est agrandie, elle est devenue l’exemple type de ce qui arrive quand l’urbanisation rencontre le risque d’inondation. La population de la ville n’a cessé de croître inexorablement tandis que 237 millions de personnes cherchent à faire fortune en s’installant en ville. De ce côté-là, cela se passe comme dans le reste du monde. En 2008, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la moitié de la population mondiale vivait dans des zones urbaines dont deux tiers dans des pays à revenu faible et moyen. On estime que la population urbaine mondiale va passer à 60% en 2030 et à 70% en 2050 pour un total de 6,2 milliards, soit le double de la population rurale estimée à cette époque, selon l’étude de la Banque Mondiale.

Une ville côtière, qui s’enfonce dans la mer

Jakarta est frappée par les inondations comme partout, sauf cas exceptionnels, comme Manille où, pendant les deux dernières années, des typhons ont été responsables de quantités énormes d’eau dans les régions de faible élévation et ont paralysé les services administratifs de la ville. De ce fait, on ne s’est pas occupé des dégâts causés par les inondations pendant des semaines. Il y aussi Bangkok où les habitants doivent régulièrement traverser l’eau pour rentrer.

Tout comme la plupart des villes côtières, Jakarta a été construite sur une plaine d’inondation car lors de sa construction, l’eau constituait le principal moyen de transport. La ville est traversée par 13 fleuves qui s’envasent sans remonter – cela a commencé en 2011 pour trois rivières. Environ 40% de la ville se trouve à présent sous le niveau de la mer et continue à s’enfoncer alors que l’affaissement continue parce que la nappe phréatique est vidée pour l’utilisation urbaine. Le béton a remplacé les espaces vertes et de ce fait, l’eau de pluie ne peut plus pénétrer dans le sol.

Toutefois, le curage des rivières ne constitue qu’une partie du problème. Dans un pays possédant un nombre important d’administrations provinciale et de juridictions entremêlées, non seulement à Jakarta, mais à travers le pays, la mitigation doit débuter près des sources des rivières et non dans les régions basses où les inondations sont plus difficiles à contrôler.

Des eaux polluées

Le vice-ministre du ministère de l’Environnement Indonésien, Hendri Bastaman, a dit à l’IRIN, le service des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires, que la pollution des rivières de Java occidental empire, surtout dans les région de Ciliwung et Citaruma.

« Bon nombre de déchets sont jetés dans les rivières par les ménages », déclare Bastaman. « Les gens se servent de ces rivières comme de toilettes personnelles. Nous avons également trouvé du mercure dans l’eau de rivière et nous le suspectons originaire d’entreprises ou des activités minières près des rivières. »

Muhammad Rez Sahib, coordinateur représentant du KruHA, une coalition de Jakarta de plus de 30 ONG visant un accès sûr à l’eau, a également dit à IRIN qu’aucune des rivières de la capitale était sûre.

« Même les fournisseurs d’eau de Jakarta n’utilisent pas l’eau ici car elle est polluée, » a-t-il dit. « A la place, ils utilisent l’eau de la Rivière Citarum qui est également très polluée. Même après traitement, cette eau n’est toujours pas potable ». Le Citarum se situe au nord de Bandung, la capitale du Java occidental et se jette dans la Mer de Java au bout de 300 km.

Des alternatives sûres pour l’eau pour les communautés pauvres sont « peu nombreuses » dit Sahib. « Beaucoup vont se tourner vers la nappe phréatique, mais 90% de la nappe phréatique à Jakarta est contaminée par la bactérie E.coli à cause d’un mauvais système de drainage et de déjection. De nombreux enfants meurent à cause de cette bactérie – E.coli est la principale menace venant de ces rivières. »

Edward Carwardine, porte-parole de l’UNICEF en Indonésie, a dit à IRIN que l’utilisation « d’eau meilleure » en Java occidental – obtenue par le biais de robinets, de points d’eau, de puits et de sources couverts – se trouve en-dessous de la moyenne nationale avec seulement la moitié de la population (environ 20 millions) y ayant accès.

Risques sanitaires

« Lorsque les familles n’ont pas accès à ces sources, le risque de tomber malades est plus grand », dit Carwardine. « Environ un quart des décès parmi les enfants de moins de cinq ans en Indonésie ont causés par la diarrhée. »

L’OMS estime que plus de 20.000 enfants se situant dans cette tranche d’âge meurent tous les ans de diarrhée à travers le pays.

La fièvre rouge et le paludisme, tous deux transmis par les moustiques qui résident dans l’eau stagnante, sont responsables de 3% supplémentaires des décès parmi les enfants, d’après Carwardine, qui estime qu’il faut se concentrer davantage sur la suppression de la pratique de déjection très répandue.

Le ministre de l’Environnement Bastamann a déclaré que le gouvernement effectue des campagne éducatives pour sensibiliser aux dangers d’une eau sale et mettre un terme à la déjection dans les rivières.

« Nous avons un projet de dix ans pour le Ciliwung afin d’assainir la rivière », a annoncé Bastaman. « Mais pour le Citarum, il est impossible de lui rendre son état d’antan. La pollution y est juste trop importante. »

Traduction: Caroline Robert (Tradadev)
Photo: DR

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0 Comments

  1. teysseire07/05/2012 at 21 h 12 min

    Quand va-t-on enfin prendre conscience que la surpopulation met en danger l’humanité? ce genre de catastrophe va se multiplier avec l’amplification des zones urbaines. Nous ne sommes encore » que » 7 milliards, en 2050 quand nous serons 9 ou 10 milliards, combien de Jakarta? est- ce que nous voulons pour nos enfants? non, alors, parlons de DECROISSANCE DEMOGRAPHIQUE! et vite…

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