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Indonésie: vivre avec de l’eau insalubre

01/05/2012 by IRIN in Santé, Société

Dans la province de Java Ouest, la pollution des cours d’eau par les déchets domestiques et industriels menace la santé d’au moins cinq millions de personnes.

JAKARTA, 26 avril 2012 (IRIN) – Dans la province de Java Ouest, la pollution des cours d’eau par les déchets domestiques et industriels menace la santé d’au moins cinq millions de personnes qui vivent sur les berges, selon des responsables du gouvernement et des spécialistes de l’eau.

Selon une étude menée actuellement par la Banque mondiale, les mauvaises conditions sanitaires et d’hygiène font quelque 50 000 victimes par an en Indonésie. L’absence de traitement des eaux usées est par ailleurs responsable du déversement annuel de plus de six millions de tonnes de déchets humains dans les milieux aquatiques intérieurs.

Ibu Sutria, 53 ans, vit dans une baraque en bois sur les berges de la rivière Krukut, qui coule à une vingtaine de kilomètres au sud de la capitale, Jakarta, vers la ville de Depok, dans la province de Java Ouest. « L’eau est parfois propre, parfois sale », dit-elle. Mme Sutria souffre régulièrement de douleurs à l’estomac et de diarrhées. Elle précise que le cours d’eau est toujours en crue.

« Les gens font leurs besoins dans la rivière et les enfants y jouent parce qu’ils n’ont nulle part ailleurs pour se baigner. » Mme Sutria et d’autres membres de sa communauté utilisent l’eau souterraine qu’ils trouvent à proximité pour se laver, car ils croient qu’elle est plus propre que l’eau de la rivière.

Pak Jumari, 35 ans, est le leader d’un groupe communautaire qui vit sur les berges du fleuve Ciliwung. Ce cours d’eau prend sa source dans la ville de Bogor, dans la province de Java Ouest, et parcourt 97 kilomètres vers le nord avant de se jeter dans la baie de Jakarta. Depuis 2010, Pak Jumari utilise une embarcation pour ramasser les déchets qui flottent sur sa section du Ciliwung et la garder propre. Selon lui, « il y a beaucoup de détergent et de savon dans le fleuve (…). Nous n’utilisons plus l’eau pour nous laver ou pour boire. »

Sur le fleuve Ciliwung, les pêcheurs utilisent des bombes fabriquées à partir de kérosène et d’engrais pour tuer les poissons afin qu’ils soient plus faciles à attraper. Cette pratique a aggravé la pollution du cours d’eau. Malgré tout, la communauté de M. Jumari continue de pêcher dans le fleuve « et on entend peu parler d’effets secondaires », selon lui.

Les raisons de la pollution

Le ministre adjoint de l’Environnement de l’Indonésie, Hendri Bastaman, a déclaré à IRIN que la pollution dans les cours d’eau de la province de Java Ouest s’aggravait, en particulier dans le Ciliwung et le Citarum, sur les rives desquels vivent quelque cinq millions de personnes.

« La majeure partie des déchets sont des ordures domestiques que les gens jettent dans les cours d’eau », selon lui. « Les gens y font leurs besoins. Nous avons également trouvé du mercure dans l’eau et nous soupçonnons qu’il provient d’entreprises ou de ces activités minières à petite échelle menées à proximité des cours d’eau. »

Risques pour la santé

Selon Muhammad Rez Sahib, coordonnateur du plaidoyer auprès de KRuHA, une coalition basée à Jakarta et regroupant plus de 30 organisations non gouvernementales (ONG) qui s’intéressent à l’accès à une eau salubre, l’eau des cours d’eau de la capitale ne peut pas être considérée comme sans danger pour l’humain.

« Même les fournisseurs de Jakarta n’utilisent pas cette eau parce qu’elle est trop polluée », explique-t-il. « Ils utilisent plutôt l’eau du Citarum, qui est elle aussi très polluée. Même après avoir été traitée, cette eau n’est pas bonne à boire. » Le Citarum prend sa source à Bandung, la capitale de la province de Java Ouest, et se jette dans la mer de Java environ 300 kilomètres plus au nord.

Pour les communautés pauvres, les solutions de rechange pour l’accès à une eau salubre sont «rares», souligne M. Sahib. « Nombre d’entre elles choisissent d’utiliser les eaux souterraines. Or, en raison de la médiocrité du système de traitement des eaux usées et de la défécation en plein air, 90% des eaux souterraines de Jakarta sont contaminées par la bactérie E. coli. Beaucoup d’enfants meurent à cause de cette bactérie. L’E. coli constitue la menace principale de ces cours d’eau pour la vie humaine. »

Selon Edward Carwardine, porte-parole du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) en Indonésie, l’utilisation des «sources d’eau améliorées » – comme les robinets, les forages, les puits couverts et les sources – dans la province de Java Ouest est en deçà de la moyenne nationale. En effet, seule la moitié de la population (environ 20 millions de personnes) bénéficie d’un accès à l’une ou l’autre de ces sources.

« Les familles qui n’ont pas accès à des sources d’eau améliorées sont beaucoup plus susceptibles d’attraper des maladies », explique M. Carwardine. « Près d’un quart de tous les décès qui surviennent chez les enfants de moins de cinq ans en Indonésie sont dus à des maladies diarrhéiques.»

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime à plus de 20 000 le nombre d’enfants de ce groupe d’âge qui meurent chaque année de la diarrhée dans le monde.

La dengue et le paludisme, deux maladies transmises par des moustiques qui prolifèrent dans les eaux stagnantes, représentent quant à elles 3% de l’ensemble des décès qui surviennent chez les enfants, selon M. Carwardine, qui a par ailleurs indiqué qu’il fallait faire davantage d’efforts pour mettre fin à la pratique généralisée de la défécation en plein air.

M. Bastaman, du ministère de l’Environnement, souligne que le gouvernement avait mis sur pied des campagnes d’information pour sensibiliser la population aux dangers de l’eau insalubre et pour mettre fin à la défécation dans les cours d’eau.

« Nous avons élaboré un plan sur 10 ans pour restaurer la santé du fleuve Ciliwung », a-t-il ajouté. « Il est cependant impossible de ramener le Citarum à son état initial, car il est bien trop pollué.»

mw/pt/he-gd/og
Photo: Jefri Aries/IRIN
Article original: Indonésie, vivre avec de l’eau insalubre (IRIN)

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