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Earth Day 2012 aux Philippines: haro sur l’industrie minière

29/04/2012 by Bulatlat in Energie, Environnement

Article original: Environmentalists to mark Earth day 2012 with protests against large scale mining

Aux philippines, les écologistes ont célébré Earth Day 2012 avec des manifestations contre l’exploitation minière à grande échelle.

Différents groupes écologistes se sont mis d’accord pour célébrer Earth Day (le Jour de la Terre) le 22 avril avec différentes activités.

Dans la ville de Davao aux Philippines, les réseaux pour les droits environnementaux Panalipdan au sud de l’île de Mindanao et No to Coal (« non au charbon ») à Davao ont organisé une série d’activités culturelles dans le cadre de leur campagne pour la défense du patrimoine. Les groupes ont mis en scène des représentations qu’ils ont nommées « Manalipod Street Art » (« Street Art des défenseurs »). À cette occasion, des artistes plasticiens et des performeurs ont joué de la musique et dansé autour des thèmes comme l’impact catastrophique de l’exploitation minière à grande échelle, notamment étrangère, sur l’environnement, ainsi que l’industrie énergétique « sale » comme l’industrie nucléaire et celle du charbon. Sur place, les artistes venus de Sambayan, Sining Obrero, du San Pedro College et de Ford Academy ont présenté de la peinture murale, des expositions, des « tambulan » (numéros de percussions) et des danses interprétatives.

« Nous devons faire preuve de ténacité pour protéger ce qui reste de notre biodiversité et de nos ressources, avec la distribution rapide par le gouvernement d’Aquino de concessions minières à des entreprises multinationales et de projets miniers à des groupes énergétiques monopolistes», explique Francis Morales, secrétaire général de Panalipdan.

« Nous, les 99% d’exploités, subissons l’impact dévastateur de la destruction et de la perte de la biodiversité, du pillage de nos ressources, de même que des catastrophes naturelles exacerbées par les interventions à grande échelle menées par des entreprises minières américaines, canadiennes, australiennes, suisses, chinoises et taïwanaises. »

Le groupe apporte son soutien au passage d’une ordonnance de « non extraction » proposée par le Conseil de la ville de Davao et pousse les autres autorités locales du gouvernement à faire passer des lois semblables permettant de renforcer la protection environnementale des villes. D’après lui, toutes les villes et provinces devraient appliquer des mesures destinées à protéger l’environnement des extractions menées par l’exploitation minière à grande échelle pour l’étranger.

« Nous savons que l’extraction minière est nécessaire à l’exploitation industrielle, mais cette exploitation doit être contrôlée et régulée par le gouvernement. L’industrie minière doit avant tout être utilisée pour répondre aux besoins domestiques. Dans l’état actuel des choses, cette exploitation ne peut pas contribuer au développement économique national tant que la Loi sur l’exploitation minière aux Philippines est toujours en vigueur. Les nouvelles directives du gouvernement d’Aquino ne peuvent rien contre le pillage par les autres nations si la loi RA 7942 n’est pas modifiée, » avance-t-il.

D’après le groupe, les difficultés des gens pauvres des campagnes, des fermiers, des Lumads (communauté indigène) et des mineurs à petite échelle augmentent et se répandent très vite dans la région du Mindanao. Après trois jours passés sous la tente en protestation à Pantukan du 21 au 23 mars, un autre mouvement de protestation similaire sera organisé par les mineurs de la région, mené par la Fédération des mineurs à petite échelle de Pantukan dans la vallée de Compostela (FSSMCV). Les fermiers de Pasian, Monkayo et de la vallée de Compostela dénoncent l’exploitation à ciel ouvert de deux entreprises, la YENG YI Mining Company et la Joel Brillantes Mining Corporation (JBMC).

Centrale nucléaire : pas une solution

En attendant, les groupes Panalipdan et No to Coal ont exposé leurs inquiétudes concernant les propositions du secteur privé et du gouvernement pour résoudre la soi-disant crise de l’énergie dans le Mindanao.

« Le charbon et le nucléaire sont des solutions mortelles à une crise de l’énergie inexistante. Le gouvernement crie à l’existence d’une prétendue crise pour justifier les actions des compagnies productrices d’énergie et d’électricité pour tenter d’obtenir de plus grandes parts des industries de production, distribution et transport d’énergie du pays. Seuls les propriétaires des grands groupes, Aboitiz, Sy, Cojuangco et Lopez amasseront de gros profits grâce à la privatisation de l’énergie. La majorité pauvre, elle, subira les répercussions de l’exploitation de cette énergie sale pour l’environnement, la santé, l’économie et la société, » explique le Dr. Jean Lindo de l’organisation No to Coal à Davao et du jeune parti Kalikasan.

Les 20 et 21 avril, les deux organisations tiennent une Conférence du Peuple sur le pillage minier et la résistance. Le deuxième jour s’achèvera avec une « Protestation culturelle sur l’environnement et une Parade aux flambeaux » au parc Freedom pour appeler à l’arrêt de l’extraction minière mortelle dans le Mindanao. La campagne du groupe pour la défense du patrimoine atteindra son sommet les 22 et 23 avril au cours d’une longue marche du peuple contre le pillage minier. Il est prévu que le cortège s’arrête pour manifester contre l’extraction à ciel ouvert pour l’étranger, sur différents sites de conflit dans les villes de Davao, Tagum, Maco, Mabini et Pantukan.

Défendre l’environnement

Dans la région de la capitale, un autre réseau écologiste maintient que l’administration d’Aquino pourrait s’attendre à un fort soutien en faveur de sa politique d’exploitation minière si, et seulement si, il suivait un « agenda du peuple pour l’extraction. »

D’après les groupes écologistes rassemblés au réseau de Kalikasan pour l’environnement, 17 ans passés sous l’égide de la sévère Loi sur l’exploitation minière de 1995 devraient suffire à permettre le passage d’une nouvelle loi sur cette industrie.

« À en juger par les propositions de décret précédentes sur l’exploitation minière, la future politique de l’administration d’Aquino va à l’encontre des attentes du peuple en matière de sécurité environnementale et de bien-être social. Les nouvelles directives proposées par le gouvernement n’atteindront pas leur objectif de rassembler l’approbation des parties intéressées si elles sont construites uniquement sur des années d’extraction irresponsable telle que prescrite par la Loi sur l’exploitation minière de 1995 », rapporte Clemente Bautista, coordinateur national du réseau de Kalikasan pour l’environnement.

Récemment, le secrétaire des Communications présidentielles Ricky Caradang a déclaré que le gouvernement prendrait davantage de temps pour formuler la nouvelle politique, ce qui laisse penser que celui-ci prend des initiatives législatives et exécutives en faveur de l’industrie multimilliardaire. Selon le porte-parole, il est « trop tôt pour déterminer si une nouvelle législation est nécessaire au vu de la nouvelle politique d’exploitation ».

« Nous sommes surpris que le gouvernement d’Aquino ne se soit pas rendu compte
plus tôt du besoin urgent de passer une nouvelle loi, alors que les menaces engendrées par l’exploitation minière à grand échelle pour le peuple et l’environnement sont vraiment visibles dans tout le pays. La pollution d’au moins huit rivières et ruisseaux du Surigao del Norte, la militarisation permanente des communautés des Cordilleras et la prolifération des sites d’extraction minière à grande échelle dans les écosystèmes de la petite île de Visayas ; les raisons ne sont-elles pas suffisantes? », s’exclame Bautista.

« Si le projet de décret précédant sur l’exploitation minière doit servir de fondement, il ne suffit pas à gagner le soutien populaire. Il tend à ébranler les décisions autonomes des gouvernements locaux et des communautés en harmonisant les lois locales avec le cadre de libéralisation de la Loi sur l’exploitation minière de 1995, même au détriment de l’écologie et du développement local. Il a également pour objectif d’élargir davantage les réserves minérales, favorisant ainsi dans ces zones l’extraction plutôt que l’agriculture, le tourisme et même les territoires ancestraux ».

L’exploitation minière a été déclarée comme faisant partie de l’un des cinq plus grands sujets de préoccupation par les organismes environnementaux lors d’un colloque 2012 sur l’environnement aux Philippines, le 19 avril dernier. Le groupe et la liste des candidats de Kalikasan ont présenté une série d’activités pour encourager le public à protéger l’environnement. Ces activités incluent la lecture de contes aux enfants, un concert, une campagne sur le recyclage et des débats sur l’énergie solaire.

Pour Earth Day, le réseau Kalikasan du peuple pour l’environnement procèdera à un « Kapit-Bisig para sa Kalikasan », activité au cours de laquelle les écologistes forment une chaîne humaine pour l’environnement, au Quezon Memorial Circle (parc national et sanctuaire situé dans la ville de Quezon).

Article et photo: Ina Alleco R. Silverio.
Traduction: Cindy Presne (Tradadev)

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