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Indonésie: vers une recrudescence du trafic humain?

20/04/2012 by IRIN in Justice, Société

En 2011, au moins 182 enfants de 0 à 12 ans ont été portés disparus en Indonésie, contre 111 en 2010. Pour les défenseurs des droits des enfants, ces disparitions illustrent l’augmentation du trafic humain dans le pays.

Article original: Indonesia: missing childre raise trafficking concerns (IRIN)

JAKARTA, 9 avril 2012 (IRIN) – Selon les défenseurs des droits des enfants, de récentes disparitions en Indonésie suscitent de vives craintes liées au trafic humain et au manque de ressources pour faire appliquer la loi visant à le combattre.

Au moins 182 enfants âgés de 0 à 12 ans ont été portés disparus par leurs parents en 2011, contre 111 en 2010, a déclaré Arist Merdeka Sirait, selon le président de la Commission nationale pour la protection de l’enfant.

« Il ne s’agit que des cas qui nous ont été rapportés, il est donc fort probable qu’il existe beaucoup d’autres cas, mais même la disparition d’un seul enfant est une tragédie », a-t-il indiqué. Trente-neuf des enfants portés disparus sont des bébés ayant été volés dans des maternités.

Sirait a déclaré qu’un réseau de trafic d’êtres humains pourrait chercher à utiliser les enfants à des fins d’adoption illégale, d’exploitation sexuelle commerciale, de trafic de drogues et de travail sur le territoire national et international.

« Un tel crime implique généralement des personnes proches des enfants. Dans les cas se produisant dans les maternités, les employés sont habituellement impliqués.

« Mais la police traite généralement ces affaires comme des crimes ordinaires, et ne cherche pas vraiment à s’attaquer au réseau de trafic humain dans son ensemble », a-t-il déclaré.

Ces derniers mois, les médias locaux ont rapporté des cas d’enfants kidnappés de leur maison. Huit fillettes venant de familles pauvres de Bantaeng, dans la province de Sulawesi du Sud, ont été enlevées depuis 2010.

Pribuadiarto Nur, chargé de l’enfance au Ministère de la promotion de la femme et de la protection de l’enfant, a déclaré que les données sur le trafic humain en Indonésie étaient « vagues ».

En 2011, la police a enquêté sur 126 affaires, dont 68 victimes enfants mais le nombre réel des disparus pourrait être beaucoup plus élevé, a-t-il signalé.

« Ce crime est de nature transnationale. Les provinces proches de la frontière avec la Malaisie et Batam, près de Singapour, sont particulièrement vulnérables », a-t-il précisé.

En 2008, un après que le parlement a adopté la loi sur la traite des êtres humains, le président Susilo Bambang Yudhoyono a mis en place une unité spéciale nationale de lutte contre le trafic humain. Conformément à cette loi, toute forme de trafic est passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 15 ans.

Ahmad Sofian, le coordinateur national du Réseau contre la prostitution enfantine, la pornographie enfantine et le trafic d’enfants à des fins sexuelles (ECPAT Indonésie), a affirmé en 2011 que l’ONG avait identifié 425 enfants victimes de trafic, la plupart à des fins d’exploitation sexuelle.

Jusqu’à 120 de ces enfants sont pris en charge par ECPAT Indonésie. « Les victimes de trafic représentent une population cachée. Il est difficile de fournir des statistiques précises, mais les estimations varient entre 40 000 et 70 000 par an », a précisé Sofian.

Moins d’1% de ces affaires sont portées devant un tribunal. « Enquêter sur des affaires de trafic d’enfants n’est pas une priorité pour la police, étant donné la difficulté à trouver des preuves et le manque de financement. Or le coût des enquêtes est plus élevé que pour d’autres affaires criminelles, mais le budget reste le même.

« De plus, les scènes de crime et les lieux où se trouvent les enfants sont souvent différents, a-t-il précisé.

 » Par ailleurs, les victimes sont généralement des femmes mineures, provenant de familles pauvres dans des villages, qui sont attirées par la promesse d’emplois ou de bourses dans les villes ».

Selon un rapport d’ECPAT de 2010, on estime que 30% des femmes qui se prostituent en Indonésie sont mineures.

Ajout des victimes à la liste d’amis 

Un rapport de l’unité spéciale nationale de lutte contre le trafic humain, publié en janvier 2012, signale que les membres des réseaux de trafic utilisent internet, et notamment Facebook, afin d’attirer leurs victimes dans des grandes villes telles que Jakarta, Semarang et Surabaya. L’Indonésie est le deuxième pays après les États-Unis à avoir le plus grand nombre d’utilisateurs Facebook.

Selon le rapport, les trafiquants se servent également de leurs victimes, les chefs de réseaux leur promettant plus d’argent et de meilleures installations si elles consentent à recruter de nouvelles victimes.

« La police a rapporté des difficultés à enquêter sur les affaires de trafic humain car les trafiquants et leurs victimes refusent généralement de révéler l’identité des chefs de réseaux ».

Selon le rapport 2011 sur la traite des personnes publié par les États-Unis, l’Indonésie ne se «conforme pas totalement» aux normes minimales d’élimination du trafic, mais fait des efforts « considérables » pour y parvenir.

Traduction: Laura Bour
Photo: Spencer E Holtaway/Flickr

AlterAsia a traduit, en Français, la version anglaise de l’article original d’IRIN. La traduction n’a pas été revue par IRIN ou les Nations Unies. AlterAsia assume la responsabilité de la précision et de la bonne foi de la traduction.

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