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Représentations artistiques censurées en Malaisie

Article original: Singapore arts groups say acts altered to suit malaysian censors

Suite au tollé provoqué par l’interdiction d’un ballet en Malaisie, plusieurs groupes artistiques singapouriens ont déclaré avoir l’habitude de modifier leurs représentations en Malaisie afin de répondre aux exigences des censeurs locaux.

KUALA LUMPUR, le 7 avril — Le Straits Times de Singapour rapporte que plusieurs groupes artistiques ont l’habitude de modifier leurs représentations en Malaisie afin de répondre aux exigences des censeurs locaux.

Dans un article publié hier, les artistes déclarent qu’ils travaillent souvent avec des partenaires malaisiens afin de s’assurer que les permis pour les représentations sont obtenus sans problèmes.
Si L’Odyssey Dance Theatre, une compagnie de danse contemporaine invitée au festival asiatique des Arts, affirme n’avoir rencontré aucun problème lors de ses représentations en Malaisie, elle confie également avoir volontairement modifié les costumes d’un de ses spectacles (en substituant des caleçons couleur peau aux strings de départ) afin de s’assurer que les danseurs n’y soient pas perçus comme ‘indécents’.

Pour Danny Tan, le directeur artistique de l’Odyssey, ce changement n’est donc pas le fait des censeurs locaux, mais de la compagnie de danse afin de « respecter la culture du public ».

De son côté, Noor Effendy Ibrahim, l’ancien directeur artistique de la troupe de théâtre malaisienne Teater Ekamatra, a déclaré au Singapore daily avoir dû négocier avec les autorités malaisiennes afin d’obtenir les permis pour une pièce au Kuala Lumpur Performing Arts Centre quelques années auparavant.

Effendy, actuellement directeur artistique de The Substation, a souligné que les censeurs n’étaient pas d’accord avec l’identification de certains bâtiments dans la pièce, qui traitait de la relation politique et historique entre Singapour et la Malaisie.

Un compromis a finalement été trouvé et la troupe de théâtre a « renommé de manière créative » certains lieux afin qu’ils ne soient pas identifiables.

Pour d’autres groupes artistiques singapouriens tels que The Necessary Stage, le fait de travailler avec des partenaires malaisiens évite que leurs permis soient refusés. « Notre co-présentateur malaisien, le Kuala Lumpur Performing Arts Centre (KLPAC), s’occupe de toute la paperasse. À notre connaissance, il n’a jamais eu aucun problème à obtenir nos permis », témoigne Melissa Lim, la directrice de la troupe The Necessary Stage, au ST.

C’est pourtant le KLPAC qui se trouve au cœur d’une controverse avec des représentants du gouvernement malaisien concernant une demande d’accueil d’une troupe de ballet singapourienne ce week-end.

Imbroglio autour d’un ballet singapourien interdit en Malaisie

Un ministre a démenti hier l’interdiction de la troupe, accusant les organisateurs de n’avoir pas fait leur demande de permis à temps.

La querelle a plongé dans l’embarras les représentants du gouvernement et suscité des critiques sur leur attitude de plus en plus conservatrice, allant jusqu’à s’offusquer des tutus portés par les danseurs.

Le KLPAC a maintenu avoir envoyé hier à Puspal (l’agence centrale pour les demandes de tournages et représentations par des artistes étrangers) des copies de la demande de permis pour la représentation du Singapore Dance Theatre, afin de prouver que les documents nécessaires avaient été envoyés il y a un mois.

Le directeur de la troupe de théâtre, Ian Chow, a précisé que ces documents (une demande originale effectuée le 7 mars ainsi que l’accusé de réception de l’agence daté du même jour) ont été faxés au directeur de Puspal, Ali Sadikin Sadin, également sous-secrétaire général au ministère de l’Information, de la Culture et des Communications.

Cependant, les représentants du gouvernement ont allégué hier que le KLPAC a pu falsifier les documents afin de prouver qu’il avait bien effectué à temps la demande d’accueil de la troupe de ballet, laquelle serait alors interdite pour cause de costumes « indécents ».

Puspal, l’agence qui a reçu les documents, a alors déclaré qu’à la suite de vérifications auprès de la « Division des visas, laissez-passer et permis » au ministère de l’Immigration, l’authenticité des documents a été jugée « douteuse ».

Dans une déclaration, l’agence a affirmé que le numéro de série de l’accusé de réception de la demande du KLPAC était le même que celui émis il y a deux ans et a maintenu que la demande officielle avait eu lieu seulement mercredi. Elle a nié avoir reçu une demande pour la représentation du Singapore Dance Theatre, prévue initialement ce week-end, avant d’être annulée.

Le centre des arts de la scène a maintenu que son directeur de production, Freddy Tan, avait soumis la demande il y a un mois avant d’être avisé par un représentant du refus du permis pour cause de « costumes » et d’« artistes étrangers ».

The Malaysian Insider a rapporté mercredi que la troupe de ballet s’était vue refuser un permis pour se produire ce week-end en raison de ses costumes « indécents ».

Les organisateurs ont finalement été forcés d’annuler la représentation « Ballet Illuminations ».
Le ministre de la Culture Datuk Seri Rais Yatim a insisté sur le fait que le gouvernement n’avait pas rejeté la demande, déclarant « aimer toutes formes d’art et de théâtre », y compris le ballet et encouragé les organisateurs à poursuivre la représentation.

Shazwan Mustafa Kamal, traduit par Laura Bour

Photo: le « Ballet Illuminations » par le Singapore Dance Theatre.

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