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Philippines: les « propriétés impropres » du juge Corona

07/04/2012 by Asia360 News in Justice, Société

De nouveaux rapports concernant les supposées propriétés du juge à l’étranger ont fait surface, à mesure que l’opinion publique porte un intérêt grandissant à l’affaire.

MANILLE — Le procès pour corruption du juge à la Cour Suprême du pays, qui captive le public depuis déjà un bon moment, a pris un nouveau tournant cette semaine lorsqu’une journaliste a déclaré que la famille de Renato Corona possédait deux propriétés de grande valeur aux États-Unis.

Bien qu’elles n’aient pas été reçues comme éléments de preuve, ces révélations pourraient renforcer l’opinion publique contre Corona, ce qui aurait des implications politiques pour les sénateurs qui entendront l’affaire.

Le juge est actuellement mis sur la sellette par le sénat, qui possède le pouvoir de le révoquer de son poste si la commission de juges-sénateurs le reconnait coupable de « violation délibérée de la constitution, corruption et abus de la confiance publique ».

Ces nouvelles allégations s’ajoutent aux accusations de falsification des actifs, passifs et des fonds propres de Corona afin de dissimuler plusieurs appartements et propriétés de luxe aux Philippines – un véritable exploit financier, mais plutôt suspect, étant donné son salaire officiel relativement modeste.
Sur son site Internet, la journaliste Raissa Robles déclare ainsi avoir découvert des lieux de résidence aux États-Unis qui auraient été utilisés par Corona. Bien qu’il ait d’abord nié tout lien avec ces biens immobiliers, Corona a admis plus tard qu’ils appartenaient à ses filles, qui travaillaient dans ce pays.

Selon lui, ils avaient été achetés à bas prix pendant une baisse du marché immobilier.
« Je ne dis pas que le juge en chef a apporté sa contribution à l’achat de ces deux propriétés. Je dis simplement qu’au regard de ces deux transactions, il est parfaitement judicieux, justifié et pertinent de jeter un œil aux flux d’argent dans ses comptes en dollars », écrit Robles le 26 mars.

Malgré le fait que les propriétés à l’étranger aient d’abord été considérées comme des éléments de preuve pouvant éventuellement être utilisés contre Corona, les juges-sénateurs estiment qu’il y a peu de chances que de nouveaux éléments soient acceptés par la commission pour la procédure de destitution.

« Il est trop tard maintenant, ils ont déjà conclu [l’affaire]», explique le juge-sénateur Aquilino Pimentel.

« Du fond de mon coeur, je lutte pour la démocratie »

Auparavant, l’accusation avait été fortement critiquée pour avoir clamé que Corona était lié à 45 propriétés aux Philippines, alors que la défense a prouvé plus tard que ces allégations étaient basées sur une interprétation erronée de la documentation mal tenue des services de l’enregistrement foncier.
Malgré l’opinion publique qui pèse lourdement contre lui – une enquête récente a montré que près de la moitié des personnes interrogées pensaient qu’il était coupable – Corona semble déterminé à garder son poste. Il a récemment déclaré dans un discours public qu’il était «prêt à tout perdre » dans sa lutte et continue de se positionner à la fois comme un défenseur de l’indépendance judiciaire et comme une victime politique du Président Benigno Aquino III pour éradiquer les alliés de son prédécesseur dans la magistrature.

L’ ancienne présidente Gloria Arroyo, qui avait nommé Corona en 2010, un mois avant qu’elle ne cède sa place, est elle-même au cœur d’un procès pour fraude électorale.
Corona a également insinué que l’autre motif d’Aquino pour le destituer pouvait provenir de la décision de la Cour suprême de redistribuer l’Hacienda Luisita, une immense propriété agricole appartenant à la famille du Président, à des agriculteurs.

S’exprimant lors de la cérémonie de remise de diplômes de la Faculté de Droit des Philippines le 26 Mars dernier, il a déclaré, « je n’ai jamais fait de mal à personne, ni jamais violé mon serment de magistrat. Je me bats de tout mon cœur pour la démocratie et la préservation des libertés fondamentales qui garantissent la préservation de notre mode de vie. »

Bien que la Cour de destitution du Sénat soit en vacances pour la période de Carême catholique pré-pascale, les équipes chargées des poursuites et de la défense, ainsi que les sénateurs-juges, restent attentifs aux nouveaux développements. L’accusation a déclaré un « cessez-le feu » sur le premier procès et a demandé instamment à la défense de faire la même chose. La plupart des sénateurs ont dit que la rupture du carême leur permettrait de réfléchir au procès de Corona.

Le président du Sénat, Juan Ponce Enrile a déclaré aux journalistes que le procès serait vraisemblablement terminé en mai. Toutefois, le sénateur Miriam Defensor Santiago a averti que les fonctionnaires de l’administration pourraient approcher les sénateurs-juges pendant la pause du Carême pour faire du lobbying afin d’obtenir une condamnation.

D’après plusieurs observateurs, le procès de Corona doit être considéré à la fois comme un exercice politique et judiciaire, et son résultat peut être influencé par des facteurs tels que l’opinion publique et les élections nationales de 2013.

Alors que certains sénateurs ont affirmé qu’ils resteraient à l’abri de l’opinion publique, d’autres ont admis que leur décision sera nécessairement influencée par elle. Car la sensibilité d’un sénateur-juge à l’opinion publique peut en effet lui gagner des électeurs lors des prochaines élections.

« J’ai toujours cru que les sénateurs étaient historiquement élus sur la base de leur participation aux « grands enjeux » de la nation. Certains ont même été détrôné à cause de leur échec à « saisir le moment », à déclaré le porte-parole de l’accusation Romero Quimbo au Philippine Daily Inquirer, le 28 mars dernier.

Le sénateur Antonio Trillanes IV partage le même point de vue. La veille, il a déclaré à l’Inquirer que l’opinion publique « devrait être un critère de la décision à prendre. Nous sommes censés être des représentants du peuple, nous sommes donc responsables devant lui. Si notre vote dans cet essai de mise en accusation n’est pas acceptable pour le peuple, il ne renouvellera pas le mandat des sénateurs. »
Le procès doit reprendre le 7 mai.

Asia360 News, traduit par Cindy Presne (Tradadev)

Article original : Improper properties

 

Photo: Mae Paner, alias Juana Change, tourne en dérision la question des propriétés du juge Corona lors d’une manifestation en janvier dernier, menée par le Mouvement Gloria Panagutin, au premier jour du procès de destitution de juge de la Cour suprême. La manifestation appelait à la vigilance, rappelant que ce procès devait avant tout servir à rendre les hommes de loi responsables face aux actes de corruption. (Anne Marxe D. Umil/bulatlat.com)

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