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Pourquoi les manifestants cambodgiens se font-ils tirer dessus ?

De nos jours, les manifestants pacifiques courent de plus en plus de risques dans de nombreuses parties du monde et le Cambodge, État pauvre et corrompu, n’échappe pas à cette réalité.

Depuis le mois de novembre 2011, ce pays agité d’Asie du Sud-Est est devenu le théâtre d’une violence armée envers les manifestants pacifiques. L’ONG cambodgienne Licadho a constaté que cinq manifestations pour des litiges sur des terres ont tourné au vinaigre entre novembre 2011 et janvier 2012, tandis qu’un gouverneur a été personnellement impliqué en février dans un conflit à propos d’une fabrique de vêtements. Quasiment personne n’a été arrêté au cours de ces incidents et la police semble se désintéresser fortement de toute poursuite.

Dans le cas faisant potentiellement l’objet de la plus grande attention médiatique, un gouverneur a lui-même ouvert le feu sur une foule de 1000 manifestants dans une usine de vêtements à Bavet, blessant trois personnes dont une jeune femme de 21 ans gravement touchée. Chhouk Bandith, gouverneur de la ville de Bavet, s’est empressé de s’esquiver après la fusillade, bien qu’il se soit supposément rendu au chevet de la femme à l’hôpital pour lui demander de ne pas porter plainte en échange d’une certaine somme d’argent.

Même le vice-président s’est jeté dans la mêlée après que la police locale, à sa demande, a offert 500 $ à la victime si elle acceptait de ne pas entamer de poursuites. La jeune femme, qui souffre d’une grave blessure à la poitrine, a refusé l’argent, geste noble qui pourrait se retourner contre elle sous le gouvernement actuel. De son côté, le gouverneur a perdu sa place – mais il conserve un poste au niveau provincial.

Pourquoi les ouvriers de l’usine de vêtements sont-ils descendus dans la rue? Par rapport au reste du pays, ils sont mal payés, leur salaire minimum est le plus bas du pays selon Licadho, en dépit des profits considérables que le Cambodge réalise sur leur dos. Les goûts des consommateurs occidentaux sont, au moins indirectement, impliqués dans le sort difficile des ouvriers cambodgiens: la société Kaoway Sports, prise pour cible par les manifestants, fournit un certain nombre de marques de chaussures très appréciées, y compris Puma, Clarks, New Balance et Ecko.

Des manifestants se sont également fait tirer dessus en essayant de protéger leur village et forêt ancestrale de l’abattage des arbres et du développement galopant. Le 8 mars, l’adjoint au gouverneur de Kampong Thom a déclaré aux membres du réseau activiste Prey Lang qu’il n’endosserait aucune responsabilité s’ils étaient touchés alors qu’ils essayaient d’entraver la coupe du bois.

Ce n’était probablement pas des menaces en l’air: le 18 janvier, le directeur général d’une entreprise d’aménagement aurait, semble-t-il, ordonné à des agents de sécurité d’ouvrir le feu sur une foule de 400 villageois en pleine protestation contre la démolition de leurs cultures de manioc dans la province de Kratie, blessant ainsi quatre hommes, dont un gravement. Le directeur général a été arrêté le 5 mars et au vu des derniers événements, il ne recevra probablement rien de plus qu’une tape sur la main.

Les explosions de violence récentes dépeignent un Cambodge particulièrement investi dans les affaires – qu’il s’agisse du domaine publique ou privé –, dont les grands déclenchent des tirs sur des manifestants pacifiques parce qu’ils le peuvent et parce qu’ils savent qu’ils ont peu de chances d’être durement punis pour leurs actions.

Le Cambodge reçoit une large part des aides d’ONG et organismes internationaux ; et ces incidents violents à l’encontre des manifestants qui ne demandent que le minimum pour survivre poussent les observateurs internationaux à se demander si l’argent investi dans le processus démocratique du Cambodge est réellement profitable au pays et à sa population. Les décideurs et les hommes d’affaires internationaux devront peut-être pousser le gouvernement cambodgien à traiter ses citoyens avec le minimum de respect auquel ils ont droit.

Article original: Why are so many Cambodian protesters being shot these days? (UN Dispactch)

Traduction: Cindy Presne (Tradadev)
Photo: Prey Lang

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