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Thaïlande: Après les inondations, un parasite du riz

25/03/2012 by IRIN in Biodiversité, Environnement

Article original: Thailand: Rice pests multiply post-floods

BANGKOK, 12 mars 2012 (IRIN) – Les grosses inondations dans certaines régions de Thaïlande en 2011 ont attisé l’invasion d’un nuisible du riz capable de décimer les récoltes, selon les experts.

Ce nuisible, la cicadelle brune, transmet deux virus qui frappent la production agricole et rongent les plants de riz.

Au cours d’une interview pour le site Internet d’information IRIN, Kong Luen Heong, premier scientifique de l’institut international de recherche sur le riz (IRRI), dont le siège se trouve à Manille (Philippines), précise que « les inondations ont certainement empiré la situation (…). De plus, elles auront un impact sur les récoltes à venir.»

« La cicadelle attaque la principale ressource nourricière du pays pour la huitième fois de suite [depuis quatre ans]», constate Kukiat Soitong, du Département pour le riz, au ministre de l’agriculture thaïlandais. Il ajoute que 150 000 hectares ont déjà subi de gros dégâts dans les plaines centrales, dans le bassin de la rivière Chao Phraya.

Selon les estimations du département du riz, les provinces touchées ont perdu 30% de leur production à cause de la cicadelle au début de l’année 2010, soit 1,3 millions de tonnes à l’échelle du pays, ou plus de 15% de la récolte nationale biannuelle.

L’association des exportateurs de riz thaïlandais évalue la production de la Thaïlande à 4-5 % de la production mondiale, faisant ainsi du pays le plus grand exportateur avec 10,8 millions de tonnes en 2011.

L’an dernier, l’inondation, qui a frappé plus de deux millions de personnes dans 28 provinces et endommagé plus de deux millions d’hectares de terres arables, a agravé ce fléau de longue date, la cicadelle, en noyant ses ennemis naturels, y compris les insectes parasites et les araignées.

« À cause des inondations et de l’anéantissement des ennemis naturels de la cicadelle brune, les fermiers dépendent de plus en plus des insecticides, depuis maintenant plusieurs saisons. Et le fait est que l’utilisation de ces insecticides aggrave encore le problème », continue Kukiat.

La plupart des insecticides tuent les ennemis naturels de la cicadelle mais restent inefficaces sur le nuisible lui-même. La cicadelle brune possède une capacité « inégalée » pour développer une résistance contre toute molécule censée l’atteindre, d’après Keng Hong Tan, professeur d’entomologie retraité, résident en Malaisie.

Il explique que cet insecte a même créé une résistance contre une de ses propres hormones, utilisée comme un moyen de contrôle.

Et bien que l’IRRI et le département thaïlandais du riz aient lancé une campagne en juillet 2010 pour interdire les deux insecticides les plus employés en riziculture, la cyperméthrine et l’abamectine, connus pour favoriser la résurgence de la cicadelle, il y a peu de chances que l’interdiction ait une influence vraiment significative.

« Cette campagne n’aura qu’un faible impact en raison des inondations, soupire Heong. On aura besoin de beaucoup de volonté pour briser le cercle vicieux qui contribue à l’expansion de la cicadelle. »

Pourtant, la suppression de ces insecticides est le seul moyen de contrôler les invasions de cicadelles brunes sur le long terme, expose Ho Van Chien, directeur du centre de protection des plantations du gouvernement du vietnamien, responsable du sud du Vietnam.

Selon l’IRRI, la cicadelle a détruit des centaines de milliers d’hectares en Asie, causant ainsi la perte de centaines de millions de dollars.

Depuis 2009, le Bangladesh, le Cambodge, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Japon, la Malaisie, la Birmanie, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam ont tous été fortement touchés au moins une fois.

« Ce nuisible place vraiment l’ensemble de l’écosystème rizicole en danger », déclare Erma Budiyanto, directeur de la protection des plantes au ministère indonésien de l’agriculture.

« Il pourrait être à l’origine d’une crise humanitaire à l’avenir si ces insecticides continuent à être autant utilisés qu’aujourd’hui », conclut Heong.

sb/pt/mw, traduits par Cindy Presne
Photo: Sylvia Villareal/IRRI

« AlterAsia a traduit, en Français, la version anglaise de l’article original d’IRIN. La traduction n’a pas été revue par IRIN ou les Nations Unies. AlterAsia assume la responsabilité de la précision et de la bonne foi de la traduction. »

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