AlterAsia

Politique

L’état du filtrage Internet en Asie du Sud-Est

11/03/2012 by Prachatai in Censure, Politique

Article original: Internet freedom in South-East Asia

En Thaïlande, les cyber-experts politiques, blogueurs et activistes Facebook se sentent souvent profondément frustrés et irrités par le manque de liberté d’expression auquel ils sont confrontés. La frustration des internautes face à une censure apparemment croissante d’Internet n’est cependant pas propre à la Thaïlande: elle s’inscrit dans le cadre d’une insurrection à l’échelle mondiale contre le contrôle de l’État sur la liberté d’Internet. Internet et les nouveaux médias venant à dominer le flux d’informations et de nouvelles dans le monde, les gouvernements répliquent à l’aide de mesures visant à contrôler, réguler et censurer le contenu de blogs, sites web et messages textuels.

Dans le cadre d’une nouvelle étude, OpenNet Initiative, un groupe de recherche renommé établi à l’Université de Toronto et étudiant la surveillance et le filtrage d’Internet, a testé le degré de filtrage et de transparence dans plusieurs pays d’Asie du Sud-est. Les résultats révèlent une tendance commune.

Voici un extrait du tableau récapitulatif (voir l’ensemble des données sur l’article original de Prachatai) :

Indonésie Singapour Thailande Vietnam
Politique Sélectif Aucune preuve Sélectif Omniprésent
Social Considérable Sélectif Sélectif Sélectif
Sécurité Pas de preuve Pas de preuve Pas de preuve Sélectif
outils Internet Sélectif Pas de preuve Sélectif Considérable
Transparence Haute Haute Moyenne Bas
Uniformité Basse Haute Moyenne Basse
Général Filtrage sélectif Filtrage limité Filtrage sélectif Filtrage considérable
Pénétration* 9% 78% 26% 27%
Liberté sur Internet Liberté partielle n/c Aucune liberté Aucune liberté

Source: Information adaptée de Access Contested (2011), à l’exception de Singapour dont les résultats proviennent de l’étude réalisée en 2007. La colonne « Liberté du Net » se fonde sur des évaluations établies en 2011 par House Freedom.
* Le taux de pénétration se base sur l’UIT (2009, 2010)

Alors que l’utilisation croissante d’Internet dans la région (à l’exception de la Birmanie) préoccupe les dirigeants politiques, les motifs d’inquiétude varient. L’Indonésie et la Thaïlande concentrent leurs efforts de censure sur des questions d’ordre social, notamment la pornographie en ligne, alors que la Malaisie, le Vietnam, la Birmanie, et dans une certaine mesure la Thaïlande, s’emploient à réprimer les « cyber-dissidents » jugés être une menace à la stabilité du régime. Le degré variable de filtrage des questions d’ordre social, politique ou relatives à la sécurité nationale offre une indication des priorités du pays en matière de contrôle d’Internet.

Certains dirigeants sont cependant plus paranoïaques à l’égard de la menace d’Internet que d’autres. Le gouvernement birman a pris des mesures visant à restreindre la liberté d’Internet qui sont disproportionnées par rapport à l’étendue du problème. Non seulement moins de 1% des Birmans a accès à Internet, mais le couvre-feu numérique qui permet aux utilisateurs de se connecter uniquement entre 21h00 et 5h00 constitue une mesure encore plus dissuasive pour les internautes. Les cyber-attaques à l’encontre des groupes d’opposition sont monnaie courante et des sanctions sévères attendent les contrevenants.

Même s’ils se méfient des impacts négatifs potentiels d’Internet sur la stabilité politique, d’autres dirigeants ont pris le parti d’autoriser une plus grande liberté d’Internet. Singapour, avec son gouvernement hégémonique, possède l’un des taux de pénétration d’Internet les plus hauts au monde. Au lieu d’avoir recours à la surveillance et au filtrage d’Internet, ses dirigeants préfèrent se reposer sur des moyens non-technologiques pour limiter les articles d’opinion en ligne perçus comme étant une menace aux valeurs sociales et à l’harmonie ethnique et religieuse. Ces mécanismes de contrôle de « seconde génération », tels que les poursuites judiciaires, les amendes exorbitantes et les poursuites pénales, permettent de dissuader les comportements « inappropriés » sur Internet.

Comparée à ses voisins, la Thaïlande a une pratique plutôt « schizophrénique » de la censure sur Internet. Le gouvernement thaïlandais a commencé à surveiller Internet en 2002. Il surveillait alors les questions liées à la pornographie, aux séparatistes, aux paris, au terrorisme et aux commentaires négatifs concernant la monarchie, mais ces dernières années, ses efforts se sont surtout concentrés sur ces derniers. L’étude montre que le filtrage n’est pas effectué de façon uniforme parmi les fournisseurs de services Internet, le fournisseur TOT géré par l’État exerçant une plus grande surveillance que son homologue privé, True.

En effet, le pays manque d’une loi explicite relative à la protection de la vie privée et ses réglementations en matière de censure restent opaques, donnant ainsi à l’État un pouvoir excessif lui permettant d’exécuter les cyber-dissidents à son gré. Pourtant, malgré ce climat de peur et d’autocensure omniprésent parmi les internautes thaïlandais, un nombre croissant d’entre eux a, avec un certain succès, résisté au contrôle grâce à l’utilisation de divers outils de contournement.
L’avenir de la liberté d’Internet dans le monde semble plutôt sombre malgré la croissance du nombre d’internautes. Il est fort probable que l’Asie du Sud-est n’échappe pas à la règle. Les gouvernements, qu’ils soient riches ou pauvres, sont devenus extrêmement futés en ce qui concerne le contrôle sur Internet et emploient de plus en plus d’outils sophistiqués pour censurer Internet au nom de la « sécurité nationale ». Les entreprises privées répondent avec toujours plus d’innovation en matière de cyber-sécurité, au lieu de développer de nouvelles façons de promouvoir le réseautage sur Internet et les outils de contournement de la surveillance.

Aim Sinpeng*, traduit par Laura Bour
Photo: Eric Constantineau/Flickr

*Aim Sinpeng est une doctorante en Sciences Politiques à l’Université de la Colombie-Britannique. Elle est aussi une étudiante de Liu Institute for Global Issues, un membre de l’Institute of Asian Research et un membre de l’Université Thammasat.

Print Friendly

Tagged , , , , , ,

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.