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Malaisie: le ministère de la Santé réduit le financement de la lutte contre le sida


Article original: Health ministry cuts back on HIV funding

Le ministère malaisien de la Santé réduit le montant des fonds alloués à la lutte contre le sida, laissant des milliers de personnes infectées livrées à elles-mêmes.

KUALA LUMPUR: Il y a six ans, Suzy (nom fictif) a été forcée par des circonstances difficiles à devenir travailleuse du sexe.
Sa famille n’avait plus d’argent, était criblée de dettes et son père souffrait de la goutte. À cette époque, Suzy (maintenant âgée de 31 ans) n’avait pas eu d’autre choix. Elle est transgenre.

À cause de sa sexualité, aucune entreprise « normale » ne l’aurait engagée. Elle serait restée sans emploi depuis qu’elle a quitté l’école. « Oui, (c’était mon choix de devenir travailleuse du sexe)… Il fallait que je m’occupe de ma famille, » explique timidement Suzy. « Il fallait que je règle nos dettes. Mon père est malade, il a la goutte. Il était très difficile de trouver un travail. »

Après une courte période de prostitution, Suzy a été prise par une ONG de lutte contre le sida/VIH, l’Association Femmes & Santé de Kuala Lumpur (WAKE), en 2005.
Elle a fini par devenir une assistante de proximité, distribuant des préservatifs et du lubrifiant aux travailleurs du sexe, tout en conseillant les personnes séropositives. Elle abordait les thèmes des rapports protégés et de la prévention du VIH avec ses 377 « clients ».

Mais dans quelques jours, Suzy (ainsi que de nombreux autres travailleurs de proximité autour du VIH) perdra son emploi. Bientôt, elle pourrait à nouveau devoir vendre son corps dans la rue.

Car l’argent alloué à ces ONG par le ministère de la santé a été réduit. En janvier cette année, le ministère aurait supprimé une bonne partie de son financement annuel au Conseil du Sida malaisien (MAC). Le MAC agit comme une organisation centralisée et répartit les fonds du ministère entre les ONG de lutte contre le sida dans tout le pays, depuis 2006. Cette année, il a laissé plusieurs ONG sur la touche, les forçant à licencier leurs employés.

Une diminution du budget non motivée

Le directeur de Suzy, Muhammad Daruz, a rapporté au FMT que le ministère n’avait donné aucun motif quant à l’arrêt de l’approbation du budget pour le travail de prévention contre le VIH de WAKE, même si ces fonds avaient été régulièrement fournis depuis 2007.

« Chaque année, nous soumettons notre projet (pour la demande de financement), mais cette fois, on nous a répondu que le budget n’avait pas été approuvé… Sans raison. Il n’a pas été approuvé, c’est tout, » dit-il. D’après Muhammad Daruz, cette réduction budgétaire signifie qu’il va devoir se séparer de nombre de ses salariés à la fin du mois de février.

« Sans fonds, comment pouvons-nous les rémunérer ? Bien sûr (qu’on n’est pas content), ils ont travaillé avec nous (depuis si longtemps), mais (maintenant) ils n’auront plus aucun revenu, » ajoute-t-il.

Mais les grands perdants dans l’histoire, selon Muhammad, ce sont les milliers de clients séropositifs qui ne savent plus vers qui se tourner.

Parmi eux, on compte les travailleurs du sexe, les transgenres, les consommateurs de drogues et les enfants nés porteurs du virus mortel.

Les ONG déclarent qu’il y a 91 362 cas recensés de contamination par le VIH en Malaisie.
Cette réduction de budget a eu l’effet d’une véritable bombe pour beaucoup d’ONG, qui avaient constaté une diminution des contaminations au VIH au cours des dernières années, grâce justement aux fonds et au soutien du gouvernement.

Dans un reportage diffusé en mars 2010 dans les médias, le ministre délégué de la santé Rosnah Abdul Rashid Shirlin avait été cité disant que la Malaisie avait vu une forte diminution des cas de contamination au VIH par rapport à la décennie précédente.

D’après le site internet de Mac, la Malaise aurait recensé 3 652 cas de contamination en 2010. En 2001, le nombre de cas était de 5 938.

Ita (nom fictif), assistante de proximité pour le VIH à Johor, craint le pire si le gouvernement refuse ces fonds. En parlant de son travail à l’ONG Intan Life Zone, Ita prévient que le virus du VIH risque de se répandre si les assistants de proximité ne sont plus rémunérés.

« Nous devons aider (les personnes contaminées par le VIH) et nous avons pour cela besoin d’un budget. Nous ne sommes pas une entreprise, nous ne pouvons pas gagner cet argent tous les mois. »

« Si nous ne pouvons faire marcher l’ONG, nous ne sommes plus en mesure de donner des aiguilles stériles aux consommateurs de drogues, » annonce-t-elle, ajoutant que de nombreux toxicomanes ont tendance à échanger leurs seringues.

Selon Ita, cela pourrait entraîner l’expansion du sida parmi les consommateurs de drogue et, dans le pire des cas, parmi leurs femmes et leurs enfants.

Elle défend également le travail de son ONG, disant qu’elle n’encourage pas la consommation de drogues mais tient la pandémie en échec.

Dans l’attente d’une rencontre

Le président du Conseil pour le Sida de Malaisie Mohd Zaman Khan rapporte que les fonds du ministère de cette année sont inférieurs à ceux des années précédentes.
Il a également confirmé que les ONG n’avaient pas toutes été affectées par la réduction. « Certaines, pas toutes… Le budget (de 2012) a été approuvé, mais à un montant inférieur à celui que nous avions demandé. »

« On nous a communiqué le montant et le ministère nous a dit que certaines parties du projet avaient été approuvées mais que d’autres ne l’avaient pas été. 
Bien sûr, on ne s’attendait pas à recevoir beaucoup. Nous savions qu’une réduction risquait d’arriver, mais pas une telle diminution, qui va affecter notre efficacité sur le terrain ».

Malgré tout, Zaman est réticent à dévoiler l’ampleur de la réduction et le montant total du budget approuvé. Néanmoins, il a expliqué à FMT que le MAC avait – très peu de temps après avoir pris connaissance de la réduction – envoyé une lettre au ministère de la Santé Liow Tiong Lai pour obtenir un rendez-vous à ce sujet « dès que possible ».

Il a ajouté que certaines ONG ne semblaient pas obtenir de très bons résultats, tandis que d’autres ne soumettaient pas de rapports au MAC afin qu’ils soient contrôlés par le ministère.
Malgré cela, Zaman a dit qu’il envisagerait de soulever la question avec le premier ministre Najib Tun Razak si sa rencontre avec le ministre ne se déroulait pas selon ses attentes.
Lorsqu’il a été contacté, le ministre n’était pas disponible pour des commentaires.

Patrick Lee, traduit par Cindy Presne (Tradadev)

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