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Indonésie: jamais sans mon riz !


JAKARTA, 19 février 2012 (IRIN) – Après la hausse record des prix des denrées alimentaires en 2008, le gouvernement a lancé une campagne nationale en 2009 afin de diminuer la consommation de riz. Celle-ci incitait les citoyens à ne pas consommer de riz un jour par semaine et appelle les 33 provinces du pays à dynamiser la production d’autres céréales.

Mais selon des experts, la campagne a connu un succès limité: « Le gouvernement devrait prendre en compte les agriculteurs, et leur garantir qu’ils tireront profit de la culture d’autres productions vivrières, comme le manioc. Pour l’instant, aucune subvention n’a été affectée à l’achat d’engrais ou de semences ; il n’y a pas de certitude concernant les prix d’achat et pas de garantie pour les acheteurs des denrées [autres que le riz] », déclare Mulyono Makmur, un conseiller du ministre indonésien de l’Agriculture.

L’idée c’est que si l’on mange du riz ou du blé, alors on est prospère

Avec 37 millions de tonnes en 2011, le riz reste la culture la plus importante, loin devant l’huile de palme, le caoutchouc naturel, la noix de coco et le manioc, selon le gouvernement. La State Logistics Agency garantit les prix du riz grâce au paiement d’un « prix d’achat gouvernemental » et à la distribution de riz subventionné aux pauvres. « Si nous diversifions notre régime alimentaire en incluant des cultures locales comme la patate douce, le maïs et le manioc, les augmentations des prix des denrées alimentaires n’affecteront pas sérieusement la sécurité alimentaire », poursuit M. Makmur.

Au début du mois, la Banque asiatique de développement (BAD) a annoncé que l’Asie du Sud-Est devait se préparer à une éventuelle augmentation du prix des denrées alimentaires. En Indonésie, la consommation moyenne de riz (principalement de riz blanc) est de 113 kg par an, selon le Bureau central des statistiques. La consommation de riz a baissé, puisqu’elle atteignait 139 kg en 2010, mais elle demeure élevée, précise M. Makmur, citant les habitants de la Malaisie et du Japon qui consomment en moyenne 80 kg et 60 kg de riz par an respectivement.

Diabète

Outre la sécurité alimentaire, la décision de faire baisser la consommation de riz vise également à améliorer la santé des Indonésiens en favorisant des régimes plus équilibrés, disent les défenseurs de la campagne.

Une étude de 2010 réalisée par l’École de santé publique de l’université de Harvard montre que sur près de 200 000 personnes interrogées, celles qui mangent cinq portions de riz ou plus par semaine ont 17% de risque en plus de développer un diabète de type 2.

Près de 6% de la population indonésienne (soit quelque 13,3 millions de personnes en 2007) souffre de diabète, selon la dernière enquête de santé nationale.

Selon M. Makmur, 77 cultures sont produites en Indonésie, le plus grand archipel du monde avec 17 000 îles. Mais comme le dit le célèbre proverbe local, « Si vous n’avez pas mangé de riz, alors vous n’avez pas mangé ».

La campagne visant à réduire la consommation de riz ayant rencontré peu de succès, le gouvernement a décidé d’en changer le message en 2010: il a appelé la population à faire « un repas sans riz » chaque jour plutôt que d’avoir « un jour sans riz » chaque semaine.

Mais les populations de la région du monde qui produit et consomme 90% de la production mondiale de riz résistent.

Les raisons de l’attachement au riz

Tejo Wahyu Jatmiko, le coordinateur de l’Alliance for Prosperous Villages, une organisation non gouvernementale (ONG) locale qui essaie de fournir un accès à la nourriture dans les zones rurales, évoque la perception erronée des Indonésiens qui pensent que seuls les pauvres consomment des tubercules.

Il en va de même pour les fruits et les légumes, indique Ahsol Hasyim, le directeur du Centre de recherches agricoles d’Indonésie: « Les Indonésiens mangent du riz trois fois par jour et ils considèrent que ceux qui ne le font pas sont touchés par des difficultés économiques », explique-t-il.

« L’idée c’est que si l’on mange du riz ou du blé, alors on est prospère », ajoute M. Jatmiko. « Je pense que la question ici est de savoir comment présenter les aliments comme la patate douce et le manioc pour donner aux Indonésiens l’envie de les consommer ». Selon lui, le gouvernement précédent, celui du président Suharto, avait fait du riz un symbole de prospérité dans les années 1970 et cette image a perduré, bien que 75% des populations les plus pauvres du monde dépendent du riz, selon l’Institut international de recherche sur le riz (IRRI) basé à Manille.

Le président Suharto a lancé une « révolution verte » en 1969 afin d’atteindre l’autosuffisance en riz. En 1984, la production nationale de riz a pour la première fois excédé la consommation.

« À l’époque, les Indonésiens, d’Aceh à la Papouasie, étaient obligés de manger du riz, précise M. Jatmiko, en faisant référence aux deux extrémités géographiques du pays.
« Le [président] Suharto a utilisé le riz comme un outil politique pour mettre fin au communisme, car il pensait qu’une population bien nourrie ne serait pas tentée par le communisme ».

Mais avant que le riz ne devienne la principale denrée alimentaire dans le pays, nombre d’Indonésiens mangeaient du maïs, des patates douces et du sagou, un féculent local.

ap/pt/cb-mg/amz

Article original: Indonésie: jamais sans mon riz !

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