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Une nouvelle coalition contre les barrages en Malaisie

article original: A new coalition saves sarawak rivers to battle dams

Avec la construction imminente de nombreux barrages au Sarawak, il devient urgent de coordonner les efforts des communautés indigènes et des ONG opposées à ces constructions.

MIRI: Des personnes préoccupées et un certain nombre d’organisations non gouvernementales se rassembleront à Miri la semaine prochaine pour discuter de la fondation du réseau « Save Sarawak’s Rivers » (Sauvons les Rivières du Sarawak).
Ce réseau est destiné à organiser une campagne aux niveaux régional, national et international contre la construction de barrages démesurés dans le Sarawak.
L’idée de constituer ce réseau, appelé simplement ‘Save Rivers’ (Sauvons les Rivières), a germé en octobre dernier.

D’après Peter Kallang, président du comité de pilotage de Save Rivers, il est urgent que les autochtones et les sociétés civiles coordonnent leurs initiatives:
« Pour le moment, les communautés indigènes et la société civile ne joignent pas leurs efforts pour militer contre ces projets de barrages géants. C’est pourquoi il est impératif de monter une campagne à différents niveaux d’importance.

« Dans cette optique, nous, groupe d’ONG et de personnes concernées, avons donc décidé de créer un réseau réunissant les opposants aux barrages géants. Nous avons l’intention d’étendre le réseau encore davantage pour inclure plus de personnes pouvant œuvrer pour la cause, en particulier parmi ceux qui sont directement affectés par le problème », explique M. Kallang, également président des associations nationales des Kenyah, des Miri et des Orang Ulu (communautés indigènes).

D’après Kallang, l’objectif premier est de réunir toutes les ONG, communautés et particuliers concernés pour qu’ils travaillent ensemble, en équipe, et tissent ce réseau pour améliorer la communication, rassembler et distribuer les informations collectivement.

Save Rivers a pour mission de diffuser des informations à propos de la nature destructrice et des effets néfastes des barrages géants, ainsi que de soutenir des actions ou des événements opposés à ces constructions.

Sujets d’inquiétude

Peter Kallang raconte que l’organisation a démarré sa campagne l’année précédente à un stand installé à Marudi pendant Baram Regatta (grande manifestation festive). Peu de temps après, un repas a été organisé à Miri pour « éveiller les consciences ».

Au cours de la conférence de trois jours qui se déroulera à partir du 16 février, huit orateurs devraient présenter une communication.
Parmi les experts présents, figurent des professeurs d’université, des écologistes et des porte-paroles d’associations pour les droits de l’homme, dont Suhakam (Commission pour les droits de l’homme de Malaisie), des institutions gouvernementales et d’autres organismes malaisiens œuvrant pour les droits de l’homme.

La conférence devrait aboutir à des résolutions qui traceront le déroulement des actions à entreprendre pour arrêter la construction des barrages géants.
« Évidemment, la menace des barrages soulève beaucoup d’inquiétude totalement justifiée. Certaines inquiétudes concernent l’environnement et la destruction de nombreuses plantes endémiques et d’espèces animales.

« La construction d’un barrage entraîne systématiquement une destruction écologique massive et inévitable due à la déforestation et à l’inondation de milliers de kilomètres carrés de forêt équatoriale naturelle.

« De plus, le risque qu’un barrage s’effondre est très grand, puisque la sédimentation en amont peut réduire la durée de vie utile de l’édifice.

« Par ailleurs, les problèmes de santé sont également un sujet d’inquiétude ; il existe un risque réel de voir augmenter le nombre de cas de schistosomiase et de paludisme.

« De nos jours, la viabilité des grands barrages est de plus en plus remise en question au regard du changement climatique qui réduit les réserves d’eau », explique-t-il.

Droits coutumiers des peuples autochtones

Selon Peter Kallang, l’un des problèmes actuels entre le gouvernement du Sarawak et les communautés indigènes relève de l’interprétation qu’a chacune des parties de la loi relative aux terres qui dépendent du droit coutumier des autochtones.

« L’interprétation du gouvernement de ce que sont les droits coutumiers des autochtones ne correspond pas à la réalité de ces droits.

« Mais les droits des natifs ont été reconnus par le gouvernement du Sarawak pendant la colonisation britannique et par le gouvernement du rajah du Sarawak avant ça, et la loi est toujours en vigueur.

« Malgré la perte répétée d’affaires de contestations de terres, le gouvernement du Sarawak actuel continue à louer ces territoires revendiqués par les communautés indigènes à divers grands exploitants agricoles, en déclarant que la terre appartient à l’État.

« Par conséquent, des centaines de procès relatifs à la revendication des territoires ne sont toujours pas résolus. Le projet de construire ces barrages va certainement exacerber la situation », déclare-t-il.

Il raconte également que lorsque les gens ont dû aller s’installer ailleurs. Afin de libérer la place pour le barrage de Bakun, on leur a donné 1,2 hectare de terre par famille, à titre de compensation.

« Dans leur cas, cela n’a fait qu’empirer la situation. Cette allocation est loin d’améliorer le niveau de vie des gens. Autrefois, ils pouvaient cultiver, ensemencer, récolter, cueillir, chasser et pêcher librement dans la vaste terre de leurs ancêtres, terre reconnue par la justice malaisienne ; aujourd’hui, ils ne possèdent plus qu’un lopin d’une taille insignifiante comparée à celle de leur ancienne propriété.

« Ce grand hectare de terre ne suffit pas sur le plan économique, même pas pour une simple agriculture de subsistance dans les zones rurales et les communautés autochtones n’ont donc pas pu conserver le même niveau de vie.

« Pour ces raisons, de nombreuses personnes ont dû migrer vers les villes et les grandes exploitations où beaucoup d’entre eux deviennent des ouvriers semi ou non qualifiés.

« À la lumière de ces faits, je dirais que la construction de ces barrages n’apportera pas de développement aux gens directement concernés, mais plutôt des préjudices graves et irréversibles à l’environnement et à la communauté dans son ensemble », annonce-t-il.

D’après lui, l’amélioration des conditions de vie des gens doit être immédiate et placée comme priorité absolue, sur le long terme, pour tout le monde et pas seulement pour les quelques privilégiés qui se partagent le pouvoir et les grandes entreprises.

« Le développement durable ne doit pas entraîner un impact négatif sur l’environnement ou avoir des conséquences majeures, néfastes et irréversibles.

« Le Sarawak a besoin de développement et je crois que les communautés vivant en zones rurales aspirent toutes à un meilleur niveau de vie mais la construction des barrages géants détruira les rivières et submergera la terre indispensable à ce même développement.

« En voyant l’énergie disponible générée par le barrage de Bakun et ceux de Murum en pleine puissance, on se rend compte que la fabrication de davantage de barrages géants ne profitera pas à la population du Sarawak dans son ensemble ou à la Malaisie en général », constate-t-il.

Joseph Tawie, traduit par Cindy Presne (Tradadev)
Photo: Flickr/ Cahaya Dalam Kegelapan. Bakun Dam.

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