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« Vivre avec foi, combattre avec conviction »

Si les regards et l’attitude sont importants pour connaître une personne, alors Adam Adli Halim Abdul
n’a rien d’un « activiste ». A 22 ans, Adam est sans prétention, léger et à la voix douce.
Et au cas où vous ne sauriez pas, il est celui qui s’est vu infliger une suspension de trois semestres par l’Université Pendidikan Sultan Idris (UPSI) pour avoir retiré le drapeau à l’effigie du Premier ministre Najib Tun Razak en octobre dernier, devant le siège de l’UMNO (le parti au pouvoir), à Kuala Lumpur. Le motif de la suspension, qui prendra donc fin en 2013, précise qu’il a porté atteinte à la réputation de l’institution.
Pourtant, loin d’être troublé, Adam semble au contraire particulièrement paisible face à ce verdict. En fait, il se réjouit de ce temps qu’il va passer loin des bancs de l’université: « Je vais utiliser ce temps pour sensibiliser davantage sur les enjeux étudiants. Pour être honnête, je suis plutôt reconnaissant, car cette suspension va conduire à mettre davantage la lumière sur d’autres questions relatives aux droits des étudiants ».

Assez simple, non? Pas vraiment. Il reste encore un long chemin. Certains craignent que la ferveur initiale des étudiants de l’UPSI ne s’essouffle. D’après un étudiant du mouvement qui a refusé d’être nommé: « Certains pensent que le mouvement devrait avoir une ligne plus claire. Il y a certaines choses qui sont faites en ce moment, qui n’ont pas beaucoup de sens. » Interrogé sur ces « choses qui n’ont pas de sens », il n’a pas voulu donner de détails. Adam, cependant, est fermement déterminé à apporter des changements qui « vont prendre du temps ». « Mais le temps est ce que j’ai maintenant et j’ai l’intention de le mettre à profit. »

Une route difficile à parcourir

Ces jours-ci, Adam mène une vie nomade, de peur d’être tabassé par les sbires de l’UMNO. Avec le scandale déclenché par le retrait du drapeau de Najib Razak, il a reçu des menaces de mort. Quand nous avons appelé pour fixer notre entretient, il était réfugié chez un ami, mais il a précisé qu’il était constamment en mouvement.

Cette existence nomade est donc née de « l’incident du drapeau de Najib ». Le 17 décembre, lui et quelque 100 militants étudiants avaient défilé au Putra World Trade Centre (PWTC) afin de remettre une note sur la liberté académique à l’adjoint du ministre de l’enseignement supérieur, Abdullah Saifuddin. C’est également le jour où Adam a retiré le « drapeau de Najib », un acte qui a immédiatement attiré les foudres du public et de certains responsables gouvernementaux.
Dans la nuit, Adam a reçu un appel téléphonique d’un ami proche qui lui a demandé de quitter son logement actuel et de trouver un endroit plus sûr où rester.
A cette époque, Adam se trouvait à Tanjung Malim. Adam dit que son ami l’a informé que certaines personnes de l’UMNO étaient à sa recherche. Apparemment, il était dans les vidéos postées sur YouTube et sur Twitter et Facebook.
Mais Adam n’a réalisé l’ampleur du danger quand quand il a quand les ecchymoses sur Safwan Anang, un autre étudiant de l’UPSI âgé de 23 ans.

Brutalité policière

Safwan aurait été battu par la police. « Safwan a toujours très mal lorsqu’il se lève. Il a été frappé au visage et aux côtes. Il avait du mal à respirer après l’attaque. En voyant son état, nous avons décidé de l’amener dans une clinique à Tanjung Malim, mais on nous a fermé les portes de la clinique. Nous avons donc dû l’emmener à l’hôpital à River Slim », explique-t-il.

Cela n’a pas été facile. Selon un camarade, Saifullah Zulkifli, la police a été implacable:
« Lorsque nous avons essayé de lui apporter son traitement (à Safwan), la police a confisqué mes clés de voiture. Ils ont juste ouvert la porte de ma MyVi noire et arraché les clefs de contact. Mais heureusement nous avons réussi à emprunter une autre voiture appartenant à un journaliste pour emmener Safwan à l’hôpital ».
Ce fut la nuit où Adam quitta Tanjung Malim, après avoir informé ses colocataires et ses parents qu’il allait se diriger vers le Sud.

Innocence perdue

Lorsqu’on lui a demandé de revenir sur sa vie avant les récents événements, Adam confie qu’il vient d’une famille ouvrière. Il décrit sa vie comme « insouciante », entre les mamaks locaux (petits restaurants indiens), le futsal (matchs de foot) et le cinéma. « J’étais libre de faire ce que je voulais, alors je suis entré à l’université en 2009. Quand j’étais là, je me suis informé sur le mouvement étudiant et cela m’a touché. C’est alors que je me suis dit que je ferais sans doute quelque chose d’utile pendant les quatre ans que je passerai à l’UPSI ».
« Je sentais que je vivrais une existence égoïste si je ne faisais pas quelque chose qui me tienne tellement à coeur, » confie-t-il.

Après cette épiphanie, il a cherché des associations afin de s’impliquer davantage dans le mouvement étudiant. « Plus je cherchais, plus je réalisais que c’était une cause noble, bien plus grande que je ne le suis, et que ma vie ne serait plus jamais ce qu’elle avait été ».

Au Nouvel An, Adam a connu un second conflit avec la police. Cette fois, c’était au sujet de la Loi sur les universités et collèges universitaires (UUCA): « les étudiants avaient prévu quelque chose appelé « Malam Talqin Untuk AUKU », une sorte de cérémonie pour enterrer l’AUKU (l’acronyme malais UUCA). Nous étions fatigués de remettre des mémorandums qui ne sont pas lu et encore moins pris au sérieux, alors nous avons pensé faire quelque chose qui, pour nous, était symbolique », explique-t-il.

Engagé à une cause

Près de 100 étudiants ont pris part à cette cérémonie, et ils se sont donné le nom de Bebas: Gerakan Menuntut Kebebasan Akademik ou Mouvement pour la liberté académique. Les étudiants sont venus de différentes universités du Nord, du Sud et d’aussi loin que Bornéo.
« La police nous attendait déjà quand nous sommes arrivés à la porte principale de l’université, vers 1h du matin. Nous nous étions réunis pour un spectacle de soutien à la cause, et rien de fâcheux ne s’était produit. Sur les 100 qui s’étaient rassemblés, 17 ont pourtant été détenus ».

Pour le spectateur moyen, il semblerait qu’Adam n’ait aucune idée de là où il met les pieds. On pourrait même penser qu’il est naïf. Mais son désir de changement vient principalement de voir tous ces diplômés qui n’ont pas les emplois garantis par le gouvernement. Adam explique que la spécialité de son université est l’Education, et que les diplômés se voient décerner le Ijazah Muda Sarjana Pendidikan (diplôme de master en Education). « En 2011, les étudiants se spécialisant dans l’Education ont été informés qu’ils devaient trouver leur propre emploi. Nous avons organisé une réunion avec le vice-ministre de l’Éducation Wee Siong Ka, et grâce à cette rencontre, un accord a été conclu pour sécuriser les diplômés ayant déjà un emploi. Quand on réalise quelque chose comme ça, on se rend compte qu’on peut faire tellement plus. Il suffit d’efforts gargantuesques et du dévouement d’un groupe de personnes qui veulent la même chose ».

« Je vois un avenir »

Quelques semaines avant ses trois mois de suspension de l’UPSI, quelqu’un lui a demandé quel serait le « pire scénario »: « Si on me demande de partir, je sais qu’il y aura toujours une occasion pour moi de poursuivre une formation ailleurs. Je sais que je serai bien académiquement. Les gens vont dire qu’il n’y a pas d’avenir de militant étudiant. Je pense le contraire. Il y a un avenir dans tout ce en quoi nous mettons de la conviction et de la croyance » a-t-il conclu.
Annesa Alphonsus

Photo: DR
Article original: Living with faith, fighting with conviction

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