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20 ans après, la déclaration des droits de l’homme de l’ASEAN n’est toujours pas rédigée


Article original: ASEAN wavers on rights

10 Janvier 2012 – Près de 20 ans après que les dirigeants asiatiques du Sud-Est ont proposé une charte régionale de protection des droits de l’homme, les responsables travaillent encore sur ce premier projet. Une lenteur qui reflète son faible niveau de priorité dans l’agenda de l’ASEAN.

Ce qui peut être encore plus décourageant, c’est que le groupe d’experts de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) chargé de rédiger la déclaration travaille dans l’isolement, et ne partage pas l’information avec les groupes de la société civile qui s’efforcent eux-mêmes d’améliorer la situation lamentable des droits humains dans la région.

« Pas une seule information de fond sur le processus n’a été officiellement partagée. Même les termes de référence du groupe de rédaction ont été gardés confidentiels », déclare Amnesty International dans un communiqué. L’organisation affirme que plusieurs ONG nationales et régionales ont fait des observations à la Commission d’experts intergouvernementale sur la charte des droits de l’homme de l’ASEAN, mais qu’il n’y a pas eu de réponse officielle.

Pour beaucoup de personnes, les critiques émises par Amnesty ne sont pas une surprise. Lorsque le Haut Commissaire des droits de l’homme, Navi Pillay, s’est rendue dans la région en novembre 2011, elle a été sommée d’y répondre par les groupes de la société civile de l’ASEAN: « La préoccupation numéro un qui porte sur la Commission intergouvernementale des droits de l’homme de l’ASEAN, est qu’elle ne parle pas à la société civile, malgré des contacts avec le président actuel et un ou deux autres commissaires à titre individuel (…) C’est une préoccupation majeure pour moi aussi », a-t-elle affirmé, selon une déclaration faite par son bureau. « Aucune discussion des droits de l’homme ne peut être complète ou crédible sans un apport important de la société civile et des institutions nationales des droits de l’homme. »

La présidente de la commission des droits de l’homme de l’ONU a également demandé à la Commission « d’écouter les appels de la société civile pour plus de transparence » dans la création de la charte des droits de l’homme: « C’est potentiellement un document très important qui peut donner le ton pour les années futures. Je peux comprendre la frustration extrême des organisations de la société civile qui n’ont pas contribué à la rédaction de la déclaration, ni été consultées de manière adéquate sur son contenu ». 

Rapport d’étape

La Commission intergouvernementale de l’ASEAN sur les droits de l’homme, lancée en 2009, a déclaré dans un communiqué cette semaine qu’un groupe de rédaction avait produit un « projet de base » de la Déclaration de Droits de l’homme de l’ASEAN.

Un rapport d’avancement sur le projet doit être soumis cette semaine aux ministres étrangères de l’ASEAN, présents à la réunion de Siem Reap, au Cambodge, indique le communiqué.

Les fonctionnaires de l’ASEAN espèrent finaliser la charte en 2012, quelque 19 années après que les ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN ont convenu, à Singapour en 1993, d' »envisager la création d’un mécanisme régional approprié sur les droits de l’homme ».

Le rythme d’escargot auquel la charte – qui vise à réglementer les droits de l’homme dans les 10 États l’ASEAN – est rédigée, souligne les violations flagrantes des droits démocratiques dans une région qui a connu un accroissement démographique d’un demi-milliard de personnes, soulignent les activistes.

Au Vietnam, où le parti communiste au pouvoir ne tolère pas l’opposition, les autorités ont resserré leur contrôle sur l’activité religieuse et lancé une répression contre les dissidents en ligne, y compris les blogueurs. Une militante vietnamienne du droit à la terre a été récemment bannie dans un camp de rééducation.

Dans le pays voisin du Laos, les dissidents qui ont protesté pour faire connaître leur mécontentement à l’égard d’un régime de parti unique communiste croupissent en prison dans des conditions épouvantables depuis plus d’une décennie.

Singapour, le plus petit et encore plus riche Etat de l’ASEAN, est réticent à abolir une loi draconienne qui permet la détention illimitée sans procès, déjà utilisée afin de museler la dissidence. Un dissident a ainsi pu être détenu pendant 26 ans.

La Malaisie, l’année dernière, avait accepté de supprimer une loi répressive similaire, mais a très vite proposé une autre loi qui continue d’éroder la liberté, y compris celle des militants d’organiser des manifestations publiques, de façon encore plus restrictive qu’en Birmanie, qui sort à peine de plusieurs décennies d’un régime militaire autoritaire.

A Brunei, pays riche en pétrole, les gens attendent avec impatience le jour où le sultan, qui gouverne par décrets, remplira sa promesse faite plus de sept ans pour appeler à des élections parlementaires.

Peu d’optimisme

Même dans les démocraties comme les Philippines, l’Indonésie et la Thaïlande, les développements récents n’offrent pas beaucoup d’optimisme.

En Indonésie, par exemple, on constate une « détérioration de la situation des droits humains… sur la liberté religieuse, le rôle du pouvoir judiciaire et la violence des forces de sécurité, » a déclaré la Commission des droits de l’homme en Asie dans un rapport de fin d’année.

Aux Philippines, la commission a exprimé son inquiétude sur « les exécutions extrajudiciaires, les disparitions, la torture forcée et les déplacements dus aux conflits armés », alors qu’en Thaïlande, « la culture profondément enracinée de l’impunité qui couvre les forces de sécurité étatiques, le système judiciaire et la fonction publique », continue de bloquer l’émergence des droits de l’homme respectueuse de la culture.

Pour que les droits humains soient reconnus comme un ingrédient essentiel du progrès de la région, l’ASEAN doit d’abord obtenir agir ensemble pour la rédaction de la déclaration des droits de l’homme, déclarent groupes de la société civile. Certains de ces groupes de la volonté politique pour finaliser ce projet, à un moment où l’ASEAN est présidée par le Cambodge, pays qui a été accusé de violations notoires des droits de l’homme.

Mais les responsables restent optimistes: « nous nous sommes engagés et nous sommes déterminés pour finaliser la AHRD [Déclaration des droits de l’homme de l’ASEAN] en 2012 », conclut Chet Chealy, président du Centre cambodgien-ASEAN pour le développement des droits de l’homme.

Source: Radio Free Asia
Photo: Nations Unies

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