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Durban: le pavillon indonésien sponsorisé par l’industrie du papier

19/12/2011 by AlertNet in Climat, Environnement

Article original: Paper and pulp firms sponsor Indonesia’s pavilion at Durban talk

DURBAN, Afrique du Sud – En face de l’immeuble où les pourparlers sur le changement climatique sont en cours, la Plaza Sud accueille un lieu plus petit mais impressionnant, le pavillon de l’Indonésie. La structure ressemble à un showroom automobile et possède son propre écran video.
Bien que le pavillon soit dirigé par l’organisme national indonésien pour le changement climatique (Indonesia’s national climate change), une part importante des 3,3 millions de dollars de location, construction et maintenance a été payée par deux compagnies papetières présentes en Indonésie – Sinar Mas et Riau Andalan Pulp and Paper (RAPP) – et l’entreprise pétrolière publique, Pertamina.
Le pavillon indonésien est également soutenu par le gouvernement japonais et par le Programme des Nations Unies, ainsi que des organisations non gouvernementales, rejointes par les gouvernements provinciaux du Kalimantan central, Bali et Sulawesi central.

Greenwashing ou indépendance?

La brochure officielle du pavillon contient trois pages de publi-reportages sur ces entreprises, également présentes lors des négociations sur le climat de l’ONU. 
Sur sa plaquette, l’entreprise de papier RAPP met en avant ses travaux sur la forêt et sa gestion de la biodiversité dans les tourbières. Sinar Mas diffuse un dossier spécial sur « Les leçons apprises sur le changement climatique en Indonésie », et Pertamina explique sa stratégie de business écologique.

Pour Greenpeace Indonésie, il s’agit ici d’un exemple de « greenwashing », grâce auquel les entreprises tentent de redorer leur blason sur le thème de l’environnement: « Sinar Mas est une entreprise leader pour détruire les forêts indonésiennes et les tourbières, et c’est une honte pour le gouvernement indonésien de les inviter à « écoblanchir » le pavillon », déclare Bustar Maitar, le directeur de Greenpeace en Indonésie.

De son côté, Tazwin Hanif, le principal négociateur de l’Indonésie à la conférence de l’ONU, affirme que l’Indonésie démontre ainsi son ouverture aux nombreuses approches de l’environnement: « Cela montre aussi comment l’Indonésie tente de résoudre le changement climatique de manière indépendante, sans se contenter d’attendre l’aide internationale pour agir ».

L’Indonésie, 3e émetteur de GES

L’Indonésie est actuellement le troisième plus grand émetteur mondial de gaz à effet de serre (GES), principalement en raison de la déforestation et des feux de tourbières. Le pays s’est fixé l’objectif ambitieux une réduction de ses émissions de 26 % en 2020, et de 41 % si elle reçoit l’aide des donateurs internationaux. Les objectifs avaient été annoncés lors du G20 de 2009 par le président Susilo Bambang Yudhoyono.

Plusieurs pays ont exprimé leur souhait d’aider l’Indonésie à atteindre ses 41 % de réduction d’émissions, principalement en luttant contre la déforestation et la dégradation de sa forêt. Quatorze projets pilotes ont été établis. En 2010, la Norvège et l’Indonésie ont signé un accord bilatéral en vertu duquel l’Indonésie recevra 1 milliard de dollars d’aide en échange d’un moratoire de deux ans sur la déforestation et la dégradation des tourbières.

Le gouvernement tente divers projets pour répondre à son objectif indépendant d’une baisse de 26% de ses émissions de GES, y compris en soutenant des programmes de développement des biocarburants. Pour lui, le co-parrainage du pavillon par ces entreprises entre ainsi dans le cadre de cette initiative.

Wilson TP Siahaan, porte-parole de Sinar Mas, a déclaré que la présence de l’entreprise dans le pavillon indonésien marque sa différence avec les autres entreprises du secteur: « Nous sommes ici parce que Sinar Mas est différent. Nous développons une gestion durable des forêts et nous n’avons jamais touché à la forêt primaire ».

Mais l’industrie du papier a une réputation controversée parmi les écologistes indonésiens. Les projets de l’organisme national sur le changement climatique, auquel l’industrie du papier contribue, devrait conduire à la destruction de 6 millions à 8 millions d’hectares de forêt dans les quarante prochaines années.
Les données du ministère de la Foret montrent qu’en 2009, jusqu’à 10 millions d’hectares de forêt ont été consacrés à l’utilisation industrielle du bois, principalement pour le bois à pâte. Parallèlement, moins de la moitié de la superficie déboisée de l’année précédente a été replantée.

Greenpeace-Indonésie rapporte que la plupart des zones déboisées ont été mal gérées, par exemple dans la province de Jambi, où Sinar Mas prétend gérer durablement ses forêts.

Les plaintes des villageois

Les personnes vivant dans la province de Jambi affirment que l’expansion de l’industrie du papier entraîne souvent des conflits avec les communautés locales. Ahmad Baki, 70 ans, a passé toute sa vie à Pemayungan, où Sinar Mas dirige l’usine de papier Papyrus lontar. Selon lui, Lestari Asri Jaya, un fournisseur de Sinar Mas, a défriché la forêt dans sa zone de Baki, pour la remplacer par du bois d’acacia afin de produire des pâtes et du papier.
« Nous, les gens du village, avons demandé aux personnes de Sinar Mas de bien vouloir s’asseoir avec nous et de nous expliquer quelle partie de la forêt était la leur et laquelle était encore la nôtre, afin que nous puissions régler nos problèmes et vivre côte-à-côte à côte », explique-t-il. Pourtant, la compagnie n’aurait pas informé les villageois des zones de la forêt qu’elle comptait détruire. Lorsque les habitants sont tombés sur des panneaux que la société avait mis sans avertissement sur des plantations traditionnellement gérées, ils les ont arrachés. Baki a été arrêté pour vandalisme et a purgé cinq mois de prison.

Parce que les terres forestières en Indonésie appartiennent au gouvernement, les entreprises qui reçoivent des permis d’exploitation sont légalement autorisées à le faire par le gouvernement. Mais trop souvent, les critiques dénoncent le fait que ces permis ne prennent pas en compte les besoins et les droits des communautés locales ou autochtones.
Kuntoro Mangku Subroto, chargé du programme REDD+ en Indonésie, a reconnu dans un récent discours que le pays a 33 000 villages dans les forêts et les alentours, dont les habitants sont là depuis des générations, et que cela peut conduire à des conflits sur la terre, où les entreprises se déplacent et où le gouvernement leur permet de tout couper.

Pour Baki, les habitants ne veulent pas toujours une compensation financière pour leurs plantations. Ils ont juste besoin d’accéder à certaines des terres qu’ils ont cultivées depuis des générations. Depuis sa sortie de prison, il doit passer devant le poste de sécurité de Sinar Mas et demander une permission chaque fois qu’il veut se rendre sur sa plantation, désormais revendiquée par Sinar Mas. Si l’entreprise décide de l’évincer, Baki ne sait pas si lui et ses concitoyens seront en mesure de combattre : « Nous vivons simplement au jour-le-jour, en essayant de ne pas penser à demain ».

Retour au Pavillon Indonésie, à Durban. Sinar Mas a diffusé un rapport expliquant les efforts de l’entreprise pour limiter son empreinte carbone et promouvoir son sens de la responsabilité sociale pour les 71 000 personnes qui travaillent pour l’entreprise ou lui fournissent des services, ainsi que pour les villages et les communautés rurales. La compagnie a notamment investi près de 30 000 $ en bourses d’études pour les enfants de l’école secondaire et 8 000 $ pour des bourses de formation. Malgré cela, toutes les ONG et les visiteurs ne sont pas satisfaits de Sinar Mas et de son parrainage du pavillon indonésien. AMAN, une ONG des populations autochtones en Indonésie, a refusé de faire partie de la salle, et Greenpeace-Indonésie a également exprimé des critiques.

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Photo: IISD

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