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Massacre d’Ampatuan, l’appel au président Aquino contre l’impunité

23/11/2011 by Bulatlat in Justice, Société

Aux Philippines, la journée mondiale contre l’impunité a été marquée par une manifestation en mémoire du « massacre d’Ampatuan », qui avait coûté la vie à 57 personnes en 2009, dont 32 journalistes.

MANILLE – Ce 23 novembre, une manifestation symbolique a marqué le deuxième anniversaire du massacre de d’Ampatuan. Elle a réuni les proches des victimes du massacre d’Ampatuan, des journalistes, des défenseurs des droits humains ainsi que des sympathisants. Le massacre d’Ampatuan avait coûté la vie à 57 personnes, dont 32 journalistes et professionnels des médias. Une personne est également portée disparue à ce jour. Pour ces meurtres, sont suspectés des membres influents du clan Ampatuan, à Maguindanao.
Vêtus de noir, les manifestants se sont retrouvés en face de l’Université de Santo Tomas, boulevard in España, à Manille. Ils se sont dirigés vers le pont Roces Chino (anciennement Mendiola), après une courte pause pour un programme court dans la rue Nicanor Reyes. Les dirigeants portaient une banderole où il était écrit : « Duguan ang daang matuwid » (« le droit chemin est pavé de sang »), qui fait référence à une expression utilisée à plusieurs reprises par le président Benigno S. Aquino III qui désignait le « droit chemin » pris par son administration.

« Pour la première fois, nous commémorons la Journée internationale pour mettre fin à l’impunité. Ce n’est pas un honneur. De tous les jours, les chiens de garde des médias internationaux ont choisi celui-ci pour être la Journée internationale pour mettre fin à l’impunité », a rappelé Nestor Burgos, président du Syndicat national des journalistes des Philippines (NUJP), dans son discours lors du rassemblement.
« Les yeux du monde entier sont sur les Philippines en raison de ce crime et surtout parce que jusqu’à maintenant, la justice n’a pas été rendue et les assassinats, les disparitions forcées et autres violations des droits humains continuent », a-t-il ajouté.
Sur le chemin, les professionnels des médias et les étudiants en journalisme ont tracé « une piste de l’impunité», décrivant un corps humain sur l’asphalte de la route.

Selon le Fonds de liberté pour les journalistes philippins (FFFJ), dix journalistes ont été tués depuis le massacre de Ampatuan, dont six assassinats sous la nouvelle administration Aquino.
Le FFFJ a également déclaré qu’un certain nombre de journalistes communautaires ont également été menacés, poursuivis pour diffamation sur des motifs fragiles, empêchés d’assister à des interviews ou à des conférences de presse, et agressés physiquement. Le groupe a également cité le récent incendie d’une station de radio appartenant à l’Eglise catholique, dans le Mindoro occidental. «Tous sont révélateurs d’un état d’esprit parmi ceux qui veulent faire taire la presse et qui pourrait, dans les circonstances actuelles, conduire à d’autres meurtres », a déclaré le FFFJ.

Pendant ce temps, l’Alliance contre l’impunité à Mindanao a enregistré 71 cas d’exécutions extrajudiciaires depuis le 23 novembre dernier, notant que ce nombre a dépassé les chiffres des deux premières années du gouvernement de Gloria Arroyo. Cinquante-cinq personnes ont été tuées sous l’administration Aquino, selon Karapatan, un groupe de défense des droits de l’homme.

Ampatuan, un test pour les défenseurs des droits humains
«Les journalistes et les groupes de médias de sensibilisation savaient il y a un an, et le savent encore plus aujourd’hui, qu’à moins que le procès du massacre soit conclu de façon crédible et que les tueurs et les commanditaires soient reconnus coupables et condamnés à l’emprisonnement qu’ils méritent, non seulement le meurtre des journalistes vont s’intensifier, mais aussi ceux des travailleurs des droits humains, militants politiques, défenseurs de l’environnement, des juges, des avocats, des étudiants, des agriculteurs et des travailleurs continuent; les meurtres », a déclaré le Centre pour la liberté des médias et la responsabilité (CMFR).
Après deux ans, seuls deux des principaux suspects ont été mis en accusation. Sur les 196 suspects, plus d’une centaine sont toujours en fuite. Et le procès est bloqué par des enquêtes qui suivent la demande de caution de 48 suspects.
«Je leur ai déjà pardonné. Mais la justice doit prévaloir sur les crimes qu’ils ont commis. J’espère que des meurtres aussi brutaux ne feront pas d’autres victimes. Je pense que si la justice n’est pas atteinte et jusqu’à ce qu’ils soient déclarés coupables, ils vont faire la même chose encore une fois », a témoigné plus tôt Mme Edita Tiamzon, veuve du conduteur d’UNTV, Tiamzon Daniel, l’une des victimes, lors d’une interview pour Bulatlat.com.
Le CMFR a déclaré que le massacre d’Ampatuan est «un test de la volonté et la capacité de l’État philippin, non seulement pour assurer la sécurité de ses citoyens, mais aussi sa capacité à leur rendre justice. »
Dans son discours lors du rassemblement, Luis Teodoro, directeur adjoint du CMFR et ancien doyen de l’Université du Collège philippin des communications de masse, a déclaré que le président Aquino devait réaliser que si le procès d’Ampatuan n’est pas conclu de façon crédible, l’Etat philippin, déjà faible, s’affaiblirait davantage.

‘Aquino n’en fait pas assez’

Le FFFJ déclaré qu’à en juger par son inaction, le président Aquino semblait être aussi indifférent aux meurtres de journalistes aux Philippines que son prédecesseur, Gloria Macapagal Arroyo.
Citant la remarque d’un adjoint au département présidentiel de la communication (PCOO) qui s’est exprimé le 14 novembre dernier au cours d’une table ronde sur le massacre de Ampatuan et la culture de l’impunité, «nous (le gouvernement) ne pouvons pas vraiment mettre un terme à l’impunité » , le FFFJ a demandé : «Est-ce que cette prophétie auto-déclarée, d’une administration qui se rend avant même le début de la bataille, explique l’incapacité et le manque de volonté de l’administration Aquino à prendre les mesures nécessaires pour démanteler la culture de l’impunité et arrêter les massacres qui ont fait des centaines de veuves et d’orphelins depuis 1986? « 
Le groupe révèle qu’à l’exception de l’augmentation du budget du Programme de protection des témoins, l’administration Aquino n’a pris presque aucune des mesures convenues en août 2010 , lors de la réunion qui avait réuni les défenseurs des médias et les organisations de journalistes d’un côté, et le groupe de communication et le ministère de la Justice de l’autre si nécessaire d’arrêter les massacres. Parmi ces mesures, figurait le soutien du Malacañang (palais présidentiel, ndlr) au changement des règles de la Cour afin d’accélérer le processus judiciaire, et l’introduction de représentants des médias dans les équipes d’intervention rapide sur les enquêtes d’assassinats de journalistes et la préservation des preuves trouvées sur les lieux de crimes.
Dans un communiqué, l’institution universitaire UP-CMC note que le président Aquino rejette le démantèlement des milices privées, alors que les seigneurs de guerre ont privatisé les forces de sécurité gouvernementales dans une centaine de lieux.
Dans son discours, José Cabrera, du Barreau des Philippines (PAI) a réitéré l’appel à dissoudre les armées privées.
« Le gouvernement Aquino n’a jamais appris du massacre Ampatuan. Il continue de promouvoir le recrutement des paramilitaires dans les collectivités et n’a pas déraciné les escadrons de la mort parrainés par l’État. Cela montre qu’il n’y a pas un « droit chemin », mais plutôt une piste sanglante de violations des droits humains », a déclaré l’évêque Felixberto Calang, animateur de l’Alliance contre l’impunité, à Mindanao.
«Le silence de M. Aquino sur les incidents les plus récents des assassinats de journalistes est tout aussi impardonnable. Et pourtant, une déclaration de lui à chaque fois qu’un journaliste serait assassiné, affichant son impatience devant l’échec de la police, et prônant l’action immédiate de la police dans la résolution des cas, pourrait aider à faire hésiter les tueurs, en suggèrant que les choses ont changé et qu’ils pourraient être poursuivis », l’UP-CMC dit.
« Ce qui a toujours été clair, c’est l’impératif de montrer aux tueurs et aux futurs assassins de journalistes qu’ils ne peuvent pas s’en tirer avec assassiner. L’échec de l’État à punir la plupart des assassins de journalistes – seulement dix ont été condamnés depuis 1986 sur 122 cas – est, après tout, ce qui continue à encourager non seulement le meurtre de journalistes aux Philippines, mais aussi leur harcèlement », a jouté l’UP-MCC.
Au pied du pont de Chino Roces, les veuves des victimes du massacre d’Ampatuan ont allumé des bougies. Les journalistes ont parcouru une partie du pont « sur les lieux du crime. » Les représentants des médias et des associations ont promis de continuer la lutte pour la liberté de la presse. Et ont également porté plainte contre Arroyo pour violations des droits humains.

RONALYN V. OLEA

L’article original: On 2nd anniversary of Ampatuan massacre: Aquino told to end impunity

Photo: Ronalyn V. Olea / bulatlat.com

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