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Cocktail mortel de la politique, l’islam et l’ignorance de la police

L’événement visant à renforcer cette communauté marginalisée a été déclaré illégal. Et l’association Seksualiti Merdeka («liberté sexuelle», ndlr) est maintenant « black listée », son existence ayant été jugée dangereuse pour l’ordre public.
C’est du moins l’excuse boiteuse donnée par l’inspecteur général adjoint de la police Khalid Bakar Abou, afin de justifier l’interdiction de Seksualiti Merdeka le 3 novembre dernier, au lendemain des 11 jours prévus de festival sur le thème «Queer without Fear», à la galerie annexe du Central Market.

Le festival Seksualiti Merdeka, qui célèbre les droits des communautés lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, intersexes et queer (LGBTIQ), a lieu chaque année depuis 2008 à la Galerie annexe du Marché Central. Les ONG et les partis politiques, y compris le PAS (Parti islamique, ndlr) et Perkasa (association en faveur de la suprématie des Malais sur les autres minorités malaisiennes, notamment chinoise et indienne, ndlr), n’ont exigé rien de moins que des peines sévères pour les responsables de festivals, alléguant du fait que ce festival ne fait que célébrer le mode de vie des homosexuels et des transsexuels.

Khalid a depuis imposé une interdiction totale de toute fonction liée au programme Seksualiti Merdeka, dans l’intérêt de l’ordre public.
«Tout puissants qu’ils soient», les pouvoirs ont eu si peur qu’ils ont exigé à Khalid d’interroger l’ex présidente du Conseil des avocats, Ambiga Sreenevasan. Tel un chevalier servant, l’inspecteur général adjoint a exécuté les ordres d’ «en haut», dans ce cas le vice Premier ministre Muhyiddin Yassin qui a déclaré que l’événement de Seksualiti Merdeka était «immoral» et une «perte de temps».

Une police ignorante

Si le vice-inspecteur général avait fait son enquête, il aurait su qu’Ambiga n’était pas l’organisatrice de l’événement. Elle a été invitée à inaugurer le festival et il y a une grande différence entre être l’organisateur et l’invité d’un événement.
Mais est-ce que les policiers de ce pays se soucient de savoir s’ils peuvent être coupable de calomnie ou de diffamation envers une personne, comme l’a fait Khalid? Très clairement, ils s’en soucient moins.

Et comment Khalid a-t-il conclu que l’événement était une telle menace pour la sécurité publique qu’Ambiga, entre autres, a été arrêtée pour être interrogée? Dans l’intervalle, le 4 novembre Ambiga a publié une déclaration pour faire comprendre qu’elle n’était pas l’un des organisateurs, mais qu’elle avait été invitée afin d’arbitrer l’événement le 9 nov. à titre personnel.

Pendant ce temps, le Parti socialiste de Malaisie (PSM) a exhorté l’organisation des droits de l’homme de Malaisie Suhakam, à intervenir et à orienter la police sur les droits humains.
Le Secrétaire général Du PS, S. Arutchelvam, a rappelé que la Charte malaisienne des droits de l’homme reconnaît les droits des groupes minoritaires, que la police devait savoir cela et cesser de les harceler. Arutchelvam a également rappelé les articles 1 à 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, précisant que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, et qu’à ce titre la communauté LGBTQI avait les mêmes droits aux mêmes droits et la même liberté.

Politiser un plaidoyer

Pour l’organisateur du Festival, Pang Khee Teik, la raison de cette interdiction de la police réside dans le fait que le festival devait être arbitré par Ambiga, qui est aussi la présidente de la campagne Bersih 2.0, pour des élections transparentes en Malaisie.
« Je pense que la présence d’Ambiga a généré la politisation de l’événement. L’administration du gouvernement utilise toute occasion pour aviver des sentiments contre Ambiga et Anwar Ibrahim (leader de l’opposition). Nous sommes de simples dommages collatéraux », a déclaré Pang Khee Teik.

Ce dernier a également accusé le gouvernement d’ignorer les segments innocents et marginalisés de la communauté. Il a souligné que le festival était pourtant l’opportunité d’entendre la communauté LGBTQI: « Tout ce que nous demandons est d’être entendus. Ce n’est pas illégal. Le chaos dont ils nous accusent est en réalité perpétué par ceux qui essaient de nous enfermer. Nous sommes heureux d’apprendre que Seksualiti Merdeka est aussi important que Bersih et qu’il doit être interdit au même titre », a-t-il ajouté (le 9 juillet dernier, la campagne Bersih 2.0 avait rassemblé dans les rues de Kuala Lumpur près de 20 000 Malaisiens, évacués violemment par la police, ndlr).

Le leadership de la nation ayant déclaré le festival immoral, cela peut-il blesser Muhyiddin s’il perd les votes les votes LGBTIQ au bénéfice de l’opposition? Si oui, alors il n’y a pas plus hypocrite dans le pays que le vice-premier ministre lui-même.
On estime que 10% de chaque communauté est gaie et si ses électeurs décident de fuir le BN, alors Dieu aime la sécurité du vice-premier ministre. Refuser à la communauté LGBT un espace, une voix et un forum et toujours s’attendre à ce qu’elle reste fidèle au gouvernement Barisan Nasional est la plus grosse erreur que Muhyiddin pouvait faire.

Puissant cocktail

Malheureusement, le PAS, au lieu de prêcher la compassion et l’empathie, a fait le contraire et, parallèlement à une coalition d’ONG musulmanes, a manifesté contre le festival après les prières de vendredi dernier, à Kampung Baru.
Le chef spirituel du PAS, Nik Aziz Nik Mat a déclaré qu’il s’opposait à la fête et que toutes les religions sont contre la pratique de l’homosexualité.
Réprimant les droits humains des LGBT, Nik Aziz a déclaré: «Si les droits humains étaient accordés à la communauté LGBTQI, cela donnerait lieu aux droits de voler, d’assassiner et à ceux d’une foule d’autres crimes… Par conséquent, cela doit être arrêté par toutes nos forces. » La gauche « débridée », ainsi que le mix préjudiciable de la politique et l’islam vont finir par exploser au visage du PAS, le parti même qui est inflexible sur la mise en œuvre de la charia (hudud) dans son État d’origine de Kelantan.

Attaque injustifiée

Les organisateurs de Seksualiti Merdeka ont défini ces atteintes comme « totalement injustifiées », « mal intentionnées » et visant à inciter la haine contre la communauté LGBTQI.

Comme si ce n’était pas assez grave, la tactique de la peur « Ah Long » (mot d’argot qui signifie « usurier », ndlr) a été utilisée lorsque de la peinture rouge a été éclaboussée à l’entrée principale du Conseil de l’Odre du barreau malaisien à Kuala Lumpur, dans les premières heures de ce 4 novembre. Pour le Conseil, cet acte ignoble est certainement lié à son soutien au festival, d’autant que des dépliants condamnant l’événement ont été laissés sur les lieux.
« Une telle réaction est déplorable et doit être condamnée. Ceux qui détiennent un point de vue différent sur le festival devraient s’exprimer de manière civile et s’engager dans la discussion et le dialogue », a déclaré le président du Conseil des avocats, Lim Chee Wee.
Lim a salué la député PAS de Kota Raja, Siti Mariah Mahmud, qui a réprimandé les détracteurs au sein du Parlement et a appelé à une approche plus civilisée dans le traitement de la question. Siti Mariah a dit qu’elle aurait assisté à l’événement afin d’évaluer les sentiments de la communauté s’il n’avait pas été interdit par la police. Heureusement, il y a quelqu’un du PAS qui pense, au lieu de tirer.
Peut-être que Nik Aziz pourrait prendre un zest de Siti Mariah, il n’est jamais trop tard.

Jeswan Kaur est un rédacteur pigiste et chroniqueur pour FMT.
L’article original: Lethal brew of politics, islam and ignorant police

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