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Vann Nath, mort d’un survivant

Water Torture, de Vann Nath

A 65 ans, il était l’un des trois survivants du centre de torture S-21 (Tuol Sleng), où plus de 15 000 personnes sont décédées entre 1975 et 1979. Depuis des années, on le savait malade et il venait même parfois en France pour y faire des dialyses des reins, conséquence des coups et des privations à S-21. Une cérémonie bouddhiste a eu lieu aujourd’hui.

Certains ne l’ont découvert qu’en 2002, dans S-21, la machine de mort khmère rouge, le documentaire sur le génocide cambodgien de Rithy Panh. Avec Chum Mei, l’un des autres survivants toujours en vie, il fait face à ses tortionnaires qui reproduisent froidement les gestes de torture.

Défenseur des victimes des khmers rouges

Il a également témoigné au procès de «Douch», le chef de S-21, devant les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens, afin d’informer et de sensibiliser les jeunes générations sur les atrocités de la période Khmer Rouge. Il avait alors eu ces mots: « On avait tellement faim que l’on mangeait des insectes tombés du plafond. On dormait et faisait nos besoins au même endroit, parfois au milieu des cadavres. La faim et la soif m’obsédaient. J’envisageais même de manger de la chair humaine.» La mort de Vann Nath survient au cours du procès de quatre cadres du régime khmer, qui aurait tué au moins deux millions de personnes entre 1975 et 1979.

Pour Lars Olsen, porte-parole du tribunal, Vann Nath « a donné une voix aux victimes », à la fois à travers son témoignage au tribunal et son travail à Tuol Sleng, devenu depuis le musée du génocide khmer, où il effectuait parfois les visites guidées.

Un témoin de l’histoire

Vann Nath était né en 1946 à Battambang, dans une famille de fermiers. Il y resta jusqu’en 1977, où il fut envoyé en détention, puis au centre de torture Tuol Sleng. Après un mois de tortures, il rencontre Douch, le directeur de la prison, qui lui demande de peindre un portrait du leader Khmer Rouge, Pol Pot. Douch, qui apprécie son travail, lui laissera alors la vie sauve jusqu’à l’invasion du Cambodge par les Vietnamiens en 1979. La même année, libéré, Vann Nath retournera pourtant au centre, cette fois pour y peindre les scènes de torture et les conditions de vie à S-21, où ses peintures sont encore exposées.

Ses mémoires, qu’il rédige en 1998, A Cambodian Prison Portrait: One Year in the Khmer Rouge’s S-21 Prison (traduit en français par: « Dans l’enfer de Tuol Sleng »), constituent l’unique ouvrage d’un survivant de S-21. Il y qualifie de « surréaliste » sa survie, qu’il devait à son statut d’artiste alors que “Ceux qui échappaient à la mort étaient privés de leurs droits et même de toute émotion, sculptés pour servir comme de simples outils aux mains de ceux qui gouvernaient”. Son fils, Lon Nara, a déclaré qu’au moins le coeur de Vann Natt ne souffrira plus, lui qui, « de son vivant, était torturé chaque jour par sa mémoire.”

En 2007, il avait reçu le prix Hellman-Hammett pour son courage face à la persécution politique.

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