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« En Malaisie, nous avons la liberté de parole. Nous ne la perdons qu’après avoir parlé »

Raja Petra Kamarudin est le blogueur le plus (im)populaire de Malaisie. Après 56 jours d’emprisonnement sans procès pour ses révélations dans « l’affaire Altantuya », il vit aujourd’hui exilé au Royaume-Uni. Il poursuit son activisme sur son site Malaysia Today, qui attire plus de visiteurs que la plupart des journaux malaisiens.

Alter Asia : Les médias ont beaucoup parlé du rôle d’Internet dans les révolutions du monde arabe, quel enseignement en tirez-vous?
Raja Petra Kamarudin : Si je voulais être culotté, je dirais que ce sont eux qui ont pris des leçons sur nous, car nous avons commencé la nôtre en 2004, et dès 2008 nous avons vu que la mobilisation sur Internet pouvait bouleverser le rapport des forces. Mais là bas, ca a marché immédiatement car ce sont les gens eux-mêmes qui se sont mobilisés contre le gouvernement, alors qu’en Malaisie ce sont deux groupes politiques, et nous devons donc convaincre les électeurs.

A.A. : Vous avez contribué à l’histoire de cette mobilisation en Malaisie. Pourriez-vous nous raconter votre expérience?
R.P.K. : Au milieu des années 90, j’étais journaliste sportif, et un ami m’a créé une adresse email. Au début, je ne savais même pas avec qui communiquer ! Puis j’ai créé une liste de diffusion à laquelle j’envoyais quelques réflexions politiques. Les gens répondu et mon réseau s’est étoffé. En 1998, le parti d’Anwar Ibrahim a créé un département Media dont on m’a donné la responsabilité. Puis j’ai créé mon propre site. Il s’appelait simplement « Raja Petra Website », mais tout le monde le connaissait ! La société civile et l’opposition se sont surtout mobilisées après l’échec électoral de 2004, afin de récupérer les voix indécises de la population urbaine. J’ai participé au journal du parti, mais je le trouvais trop consensuel. J’ai démissionné et créé Malaysia Today, toujours dans le but de préparer les futures élections. Ce que je voulais, c’était raconter les histoires secrètes du pouvoir. Il y en a d’autant plus que le pays est dominé par un seul parti. Aujourd’hui je l’ai divisé en deux : une moitié pour le pouvoir, l’autre moitié pour l’opposition, qui doit apprendre à exercer son pouvoir… car ma sympathie va toujours à l’opposition.

A.A. : Quelles difficultés rencontrez-vous aujourd’hui?
R.P.K. : Tout d’abord, il est plus commode d’opérer du Royaume-Uni que de Kuala Lumpur. Là-bas, la police a déjà pris six fois mon ordinateur, mes CDs… chaque fois il faut tout racheter! En Malaisie, nous avons la liberté de parole : nous ne la perdons qu’après avoir parlé. De plus, on voit mieux de l’extérieur ce qui se passe dans son propre pays. Toutefois, comme Malaysia Today est hébergé à Singapour et aux Etats-Unis, cela nous coûte cher. L’autre problème est que le site est constamment attaqué, et se protéger a aussi un coût.

Interview parue dans Altermondes, juin 2011.
Sur l’affaire Altantuya, lire aussi: Sous-marins malaisiens, la piste des rétrocommissions se précise
Copyright photo: D.R.

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