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Sabah dit non au charbon

La Malaisie renonce finalement à créer une centrale électrique au charbon dans l’Etat de Sabah, sur l’île de Bornéo. Une victoire historique de la société civile après trois ans de lutte.

« Un tel mouvement n’existait pas à Sabah auparavant (…). Le relais international de notre contestation locale a été l’une des clés du succès », déclare Cynthia Ong, de l’association LEAP (Land Empowerment Animals People) dans un article du TIME. LEAP est l’une des cinq ONG de la coalition Green Surf (Surf= Sabah Unite Re-power Future) qui a mené pendant trois ans la campagne « no coal » (« pas de charbon »). Cette dernière a non seulement été relayée sur les réseaux sociaux (plus de 2 000 amis sur Facebook et 200 abonnés au profil Twitter), mais elle a bénéficié de la collaboration d’une organisation internationale comme 350.org (connue en France pour la campagne tck tck tck), de la couverture de quelques médias internationaux comme le Time et le Huffington Post et du soutien de Roz Savage – première femme à avoir traversé le Pacifique à la rame.
Il faut dire que l’image est saisissante. Sabah, souvent présentée comme un paradis terrestre… est soudainement menacée par une centrale électrique au charbon, connue pour être la plus polluante de toutes les énergies. L’idée a de quoi faire rugir. Cet Etat au nord-est de Bornéo est en effet bordé d’un côté par le triangle du corail (un habitat pour 75% des espèces de coraux) et, de l’autre côté, par une forêt tropicale de 22 millions d’hectares. Sans parler de la présence des plantations de palme. D’ailleurs les touristes ne s’y trompent pas. Ils ne s’y rendent plus seulement pour escalader le mont Kinabalu, mais aussi pour faire de la plongée, randonner ou découvrir les espèces menacées d’orangs outans ou de rhinocéros… Et c’est au coeur de cette nature, à Lahad Datu, que devait être construite une centrale électrique de 300 MW.

Pas de charbon au paradis… mais du pétrole et du gaz naturel

Le gouvernement doit en effet faire face à la demande, dont l’augmentation est estimée à + 7,7% par an jusqu’à 2020. L’énergie de Sabah est surtout produite à partir de pétrole ou de gaz naturel. Une société unique, Sabah Electricity, fournit tout le pays. Elle appartient à 80% à la compagnie privée Tenaga Nasional Bhd, et à 20% à l’Etat de Sabah. C’est elle qui est à l’origine de ce projet au goût de charbon. En trois ans, elle a présenté trois fois son plan au gouvernement de Malaisie. Elle s’est chaque fois heurtée à l’opposition du ministère malaisien de l’Environnement (DOE) et de la société civile locale. Mais la dernière tentative avait suscité plus d’inquiétude car elle était soutenue par le Premier ministre de Malaisie, Najib Razak. Une position du reste surprenante puisque ce dernier s’est engagé à réduire les émissions de carbone de 40% entre 2005 et 2020, lors des conférences sur le climat de Copenhague et Cancun.
La compagnie d’électricité et les ONG écologistes se sont donc battues à coups de rapports d’expertise et de contre –expertise. Pour la coalition GREEN Surf, la construction de la centrale électrique à Lahad Datu aurait entraîné le déplacement de communautés locales et affecté les espèces menacées, déjà victimes de la déforestation et de l’exploitation des matières premières. La décision des gouvernements de Sabah et de Malaisie, le 16 février, d’abandonner totalement la piste du charbon a donc été accueillie avec soulagement par les écologistes.
Par ailleurs, Wong Tack, le porte-parole de la coalition, rappelle que l’énergie renouvelable (hydraulique) ne représente qu’une minorité de la production totale de Sabah, alors que la région pourrait faire de la Malaisie un leader en la matière. Il recommande donc de valoriser les énergies alternatives, la biomasse dans un premier temps (en utilisant les plantations de palme) et, à plus long terme, l’énergie solaire. Le gouvernement de Sabah, lui, étudie la piste du gaz naturel pour remplacer celle du charbon.

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