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Perimekar: Chronique d’une mort annoncée?


De nouveaux documents montrent que la société Perimekar, qui a agi en tant qu’intermédiaire dans l’affaire des sous-marins français, a été spécifiquement mise en place pour mener à bien cet achat.

Une simple ligne, enterrée dans une masse de documents, est parfois suffisante pour causer une avalanche de surprises. Le câble diplomatique de l’ambassade américaine à Kuala Lumpur, révélé par Wikileaks le 19 mai dernier, contient une liste d’amis de Najib Razak. Parmi eux, le câble mentionne « Lodin Wok Kamaruddin, responsable du conseil des forces armées (Chief of the Armed Forces Fund Board), une institution également connue sous le nom de Lembaga Tabung Angkatan Tentera (LTAT)”.
Ce que Wikileaks n’a pas révélé, c’est que Lodin Wok Kamaruddin, homme d’affaires de 61 ans, était aussi, jusqu’à l’année dernière, l’un des administrateurs de Perimekar, société intermédiaire pour le compte du ministère de la Défense malaisien dans l’acquisition de deux sous-marins de fabrication française (Scorpène). D’après la version officielle, le contrat s’élève à RM534.8 millions (114 millions d’euros). D’après les plaignants en France, il s’agit de la somme des commissions versées aux intermédiaires malaisiens.
En raison de diverses sociétés liées à Perimekar et dans lesquelles Lodin Wok occupe des postes à responsabilité, l’homme d’affaires est de fait impliqué dans « l’affaire Scorpène », qui fait l’objet d’une enquête préliminaire en France. En plus de sa position dans LTAT, Lodin Wok Kamaruddin est en effet vice-président de Boustead Holdings Bhd. Ces deux sociétés détiennent chacune 20% des parts Perimekar, les 60% restants sont détenus par KS Ombak Laut (dont la propriétaire est Mazlinda Makhzan, épouse de Razak Baginda, proche conseiller de Najib Razak. Razak Baginda a été blanchi pour le meurtre d’une jeune interprète qui serait également lié à cette affaire, ndlr).
Surtout, ce qui n’avait pas été rendu public, c’est que d’après les rapports financiers de Perimekar, Lodin Wok est, plus directement, l’un des cinq directeurs du Perimekar, aux côtés Mazlinda Makhzan, Meili Rozana, Abdullah Abdul Rani, Mohd Hussin Abdullah et Mohd Hussin Tamby. Il siège enfin au conseil d’administration de la Banque Affin Bhd, l’une des banques de Perimekar.
Lorsque contacté pour commenter, Lodin Wok a déclaré avoir démissionné de Perimekar le 1er Juillet 2010, soit après la livraison des deux sous-marins Scorpène. Il a ajouté qu’il avait été administrateur de la compagnie en tant que représentant de LTAT.

Les hauts et les bas de Perimekar

Par ailleurs, Perimekar enregistre des résultats en baisse depuis la livraison des sous-marins. Soupçonnée d’avoir été créée dans le seul but de distribuer une commission de 114 millions d’euros entre les bénéficiaires malaisiens et étrangers après la vente des sous-marins, la société, créée en 1999, définit l’objet de son activité comme  » le marketing, la maintenance et autres activités liées aux sous-marins et navires de surface … « .
Les rapport financiers de Perimekar font désormais état des faiblesses de Perimekar. Parmi elles… le fait que l’entreprise n’a qu’un seul client: le gouvernement malaisien.
L’étude de ces documents depuis la création de l’entreprise montre également que la société a un large éventail de performance financière. Par exemple, alors qu’elle rapporte une perte nette d’environ 2 millions d’euros en 2003, elle déclare un bénéfice net supérieur à 5,4 millions d’euros l’année suivante!
En 2008, Perimekar est également devenu un groupe avec deux petites filiales… dormantes (Prima Laksana and Gagah Nirwana)..
Mais l’âge d’or de Perimekar est déjà derrière elle. Entre 2009 et 2010, tandis que les sous-marins ont été livrés, l’activité Perimekar a (presque) dégringolé: la société a vu son bénéfice net diminuer d’environ +4,5 millions d’euros à – 700 000 euros. Le chiffre d’affaires a plongé d’environ 19 millions d’euros à 5 millions d’euros. Une somme encore assez confortable pour ses actionnaires, qui se sont été accordés des dividendes 12,5 millions d’euros en 2009 (66% du CA) et 4 millions en 2010 (81% du CA).
Entre 2003 et 2010, la société aurait ainsi déclaré près de 100 millions d’euros en provenance directe de son contrat avec le gouvernement. Toutefois, le rapport financier de 2010 mentionne la fin des activités de Perimekar:  » le projet de l’entreprise auprès du gouvernement de la Malaisie s’est achevé le 25 Decembre 2009, date à laquelle l’entreprise a procédé à une réduction équitable de ses effectifs, avant de prospecter d’autres affaires viables. « 

La deuxième compagnie

Selon le Dr Soong Kua Kia, directeur de l’ONG des droits de l’homme Suaram, qui a déposé plainte pour corruption, et auteur du livre Questionner les dépenses d’armement en Malaisie, l’ascension et la chute de Perimekar sonne comme une histoire commode pour se cacher de l’enquête sur l’affaire Scorpène.  » Nous aimerions une Commission d’enquête royale afin d’examiner la manière dont les 114 millions d’euros ont été versés par le gouvernement au bénéfice de Perimekar pour apparemment ‘coordination et services de soutien’ pendant six ans… En regardant les comptes financiers de l’entreprise, Perimekar n’avait même pas les moyens d’entreprendre d’un tel contrat”, a-t-il déclaré. De 2003 à 2004, date à laquelle le contrat est devenu effectif, la compagnie a ainsi déclaré un chiffre d’affaires qui est passé de… 0 à 15 millions d’euros.
Mais Perimekar n’est pas la seule compagnie malaisienne impliquée dans l’affaire Scorpène.
DCNS Boustead navale Corp, une joint-venture composée à 60/40 de BHIC Defence Technologies et de la DCNS française, s’est vue décernée en 2009, par le ministre de la Défense malaisien, un autre contrat d’environ 120 millions d’euros lié aux sous-marins Scorpène, pour “support services”. Un contrat qui s’étend de 2010 à 2015. BHIC Défence Technologies est détenue par BHIC (Boustead Heavy Industries Corporation), dont le président n’est autre que… Lodin Wok Kamaruddin. La société déclare vivre à 70% des contrats avec l’Etat malaisien.

Version originale anglaise parue le 1er juin 2011 dans Free Malaysia Today. Vous le trouverez toutefois sur le blog Malaysia Today.

Photo: Istock

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